Médias

Constantin contre «Le Nouvelliste», l’escalade

Le président du FC Sion interdit l’accès à son club aux représentants du quotidien valaisan. Les critiques du rédacteur en chef ne lui conviennent pas

La photo prend plus de la moitié de la première page du cahier des sports du Nouvelliste, ce lundi. Prise depuis le parking sis au nord du stade de Tourbillon, elle illustre à merveille le boycott imposé par le FC Sion au quotidien valaisan. Fâché contre Vincent Fragnière, le rédacteur en chef du journal, Christian Constantin a interdit vendredi dernier l’accès à son club pour les employés du Nouvelliste.

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«Je ne vais pas continuer d’offrir les meilleures places du stade, ainsi que des boissons et des petits fours, à des journalistes pour obtenir des critiques en retour. Je n’ai aucun intérêt à le faire», se justifie Christian Constantin, au bout du fil. Et il en a le droit, puisque, en Suisse, l’octroi des accréditations est l’apanage des clubs. Le colérique président du FC Sion a également interdit à tous ses employés de communiquer avec Le Nouvelliste.

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Radicale, la décision ne tombe pas de nulle part. «Cela fait plus de quinze mois qu’on se prend la tête avec cette histoire», précise Christian Constantin. Durant ce laps de temps, plusieurs autres sanctions, moins spectaculaires, ont été décrétées à l’encontre du journal. Ce dernier n’avait déjà pu se rendre aux camps de préparation de l’équipe l’hiver dernier. Il avait également été jugé «indésirable» lors d’une conférence de presse au début de l’été. Des séances de négociation avaient toutefois permis d’apaiser les tensions, jusqu’à ce qu’une chronique de Vincent Fragnière ne les avive à nouveau en fin de saison dernière.

Des critiques qui ne passent pas

Car la raison de la discorde se situe précisément à ce niveau. Le regard que porte le rédacteur en chef du Nouvelliste sur le FC Sion déplaît à l’omniprésent président, qui avoue que le côté polémique du journaliste ne lui convient pas. Christian Constantin cible en particulier la chronique bimensuelle que Vincent Fragnière consacre au FC Sion depuis une année. Par amour du foot, le rédacteur en chef donne son avis sur le club phare du canton, sans langue de bois.

L’homme fort de Tourbillon ne semble pas supporter les critiques. «D’autant plus lorsqu’elles émanent du Nouvelliste», souligne Sandra Jean. Pour la directrice des rédactions du quotidien, qui déplore une décision disproportionnée, Christian Constantin peine à différencier communication et information. «Nous ne sommes pas l’outil de communication du FC Sion et son président a du mal à l’accepter», insiste Sandra Jean. Elle ajoute que Christian Constantin se focalise sur quelques citations, alors que le traitement que le quotidien réserve au FC Sion est beaucoup plus large que cela.

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Aucune volte-face

La place consacrée au FC Sion dans le Nouvelliste est à la hauteur de l’intérêt que les Valaisans portent à leur club de cœur. Grande, très grande. Mais pour Christian Constantin, cette représentation dans le journal ne lui amène rien. Prétendant que la relation entre le FC Sion et Le Nouvelliste est surtout importante pour le quotidien, «car elle lui permet de remplir ses pages», le président ne compte pas revenir sur sa décision. «Des négociations ont déjà eu lieu et elles n’ont mené à rien», précise Christian Constantin, qui explique n’avoir entamé aucun raisonnement pour un possible retour du Nouvelliste au stade de Tourbillon lors de cette saison, ni même lors de la suivante.

En discussion avec le groupe de presse Tamedia pour lancer Le Matin Sports, le président du FC Sion écarte-t-il déjà les concurrents du futur journal? «Il n’y a aucun rapport et cela n’aurait aucun sens», nous répond-il, en glissant que le projet de périodique dédié aux sports avance.

«Un média libre et indépendant»

De son côté, Le Nouvelliste ne va pas courir après Christian Constantin. Sandra Jean est claire à ce sujet: «Nous sommes un média libre et indépendant. Nous n’entrerons pas dans son jeu.» Le quotidien va pourtant continuer de faire ce qu’il a toujours fait: informer ses lecteurs sur ce qu’il se passe en Valais. Et cela comprend le FC Sion. «Nous ne voulons pas prendre en otage nos lecteurs. Nous élaborons donc une stratégie pour continuer de parler d’un club important pour le Valais, sans pouvoir entrer dans l’enceinte du stade», souligne la directrice des rédactions du journal, sans vouloir en dire plus.

Pour la première fois depuis 1968 et l’inauguration du stade de Tourbillon, les sièges réservés aux journalistes du Nouvelliste sont restés vides ce dimanche lors de la reprise du championnat de Super League entre le FC Sion et le FC Lugano. Simple pause ou véritable fin d’une longue idylle, débutée il y a plusieurs décennies?

Cette situation est aux antipodes de celle qui régnait du temps où André Luisier dirigeait le journal et présidait le club de football. A l’époque, ces deux «institutions valaisannes» semblaient n’en faire qu’une. Le FC Sion devait permettre au quotidien de rajeunir son lectorat, en devenant le sujet phare de la rubrique sportive, alors que Le Nouvelliste s’affichait en grand sur les maillots des joueurs valaisans jusqu’en 1992 et l’arrivée d’un certain… Christian Constantin à la tête du club.

«Christian Constantin s’expose à des poursuites»

Aujourd’hui, le président du FC Sion semble s’être mis à dos une bonne partie de la presse helvétique. Dans un communiqué, Impressum, la faîtière suisse des journalistes, critique cette interdiction «digne d’un tsar». Elle enjoint Christian Constantin de revenir à la raison, «faute de quoi il s’expose à des poursuites, actuellement en train d’être examinées et préparées par des avocats», pour avoir enfreint notamment la liberté de la presse.

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