Sa nouvelle affectation assez brumeuse n’aura duré qu’une année. Poussé à abandonner ses fonctions à la tête de la prison de Champ-Dollon, exilé au sein du secrétariat général du Département de la sécurité avec pour mission de plancher sur des concepts sensibles, Constantin Franziskakis va rejoindre la police genevoise en qualité de commissaire. Le poste, mis au concours cet automne, était réservé aux candidatures externes au corps cantonal.

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La nouvelle de cet engagement a été annoncée lundi sur le site du Matin et confirmée par Caroline Widmer, porte-parole du département. Constantin Franziskakis entrera en fonction le 1er février, il devra suivre une formation spécifique et passer par une évaluation. Ce poste est assez particulier au sein de la grande maison. Placés sous la direction de la commandante, les commissaires de police sont chargés, selon la loi, «de la réponse d’urgence et de la prise de décisions en matière d’événements concernant la police, ainsi qu’en matière de procédure pénale et administrative».

Du sur-mesure?

La description du poste en disait un peu plus: les commissaires assurent l’analyse des situations selon les directives en vigueur, ils prennent les mesures d’urgence pour toutes les affaires graves, sensibles ou sortant de l’ordinaire, ils coordonnent les actions pouvant impliquer d’autres services ou encore orientent l’action des cadres et collaborateurs.

Le profil souhaité impliquait une fonction d’officier supérieur au sein d’un état-major de police ou de cadre supérieur dans une structure de gouvernance équivalente. De bonnes connaissances de la police et des institutions cantonales. La maîtrise des bases légales, des formations en guise d’atout et une expérience de la conduite managériale et opérationnelle. Enfin, le candidat idéal devait être pragmatique, doté d’une forte capacité d’analyse, capable de faire face avec sérénité à des situations de stress, faire preuve de flexibilité et avoir un «sens développé de la communication écrite, verbale et non verbale». Du sur-mesure, serait-on tenté de dire.

Sortir de l’impasse

La candidature de Constantin Franziskakis n’est pas vraiment une surprise. Par le passé, ce dernier avait déjà fait part son intérêt pour la police. Il avait même postulé pour devenir chef de l’institution lors de la période trouble qui avait suivi le G8, mais Urs Rechsteiner, candidat de l’interne toujours en embuscade, avait évidemment remporté les faveurs du politique. Quinze ans plus tard, l’arrivée de l’ancien responsable pénitentiaire s’inscrit dans une tout autre dynamique.

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Contraint de quitter Champ-Dollon en raison de relations particulièrement conflictuelles avec Philippe Bertschy, le nouveau directeur général de l’Office cantonal de la détention, Constantin Franziskakis n’a visiblement pas trouvé ses marques au sein du secrétariat général. Il avait été chargé par le ministre Pierre Maudet de travailler sur la prise en charge sociothérapeutique des détenus dangereux en exécution de peine ainsi que sur la radicalisation et l’extrémisme violent. Il devait encore organiser les Etats généraux de la détention qui ont effectivement eu lieu fin novembre dans un climat encore marqué par les tensions.

Ce profil de chargé de mission avait le désavantage d’empiéter sur les prérogatives de Philippe Bertschy (un ancien policier) tout en maintenant cette rivalité au sein du pénitentiaire. Il reléguait surtout Constantin Franziskakis dans une sorte de «placard» peu compatible avec son caractère et avec les promesses du gouvernement en matière de contrôle des finances publiques. L’entrée à la police marque un tournant et, peut-être, un début d’apaisement dans une longue carrière assez mouvementée.