Le premier spleen passé, ils se préparent à contre-attaquer. Les plus jeunes élus de la Constituante genevoise n'ont pas l'intention de se laisser marginaliser après la désignation, dimanche dernier, d'une assemblée essentiellement masculine et âgée pour réécrire la charte fondamentale du canton d'ici à quatre ans. Pour faire entendre leur voix, un «Conseil des jeunes», dont les contours restent à définir, doit voir le jour dans les mois qui viennent, affirment le radical Murat Alder, 27 ans, et la Verte Louise Kasser, 23 ans.

«Même si nous respectons le vote des citoyens et si de nombreux jeunes n'ont pas voté dimanche, il faut compenser le manque de représentativité de cette assemblée en créant des organes externes qui participeront au débat», martèle Murat Alder. C'est que les deux constituants se sentent quelque peu isolés au sein de l'assemblée de 80 membres, qui ne compte que cinq élus de moins de 30 ans. «A nous cinq, nous ne sommes pas représentatifs de l'ensemble de la jeunesse genevoise, souligne Louise Kasser, et notre rôle sera aussi de relayer les préoccupations de cette catégorie de la population.»

Quelles prérogatives?

Pour Murat Alder, qui a créé un groupe «passerelle des jeunes à l'Assemblée constituante genevoise» sur Facebook, ce lien passe aussi par la création «d'un parlement cantonal des jeunes, qui ferait office d'antichambre à la Constituante et qui permettrait notamment à ceux qui n'ont pas été élus de jouer un rôle». Les prérogatives du conclave? «Un rôle consultatif et le droit de formuler des propositions qui seront examinées par les constituants», explique l'élu.

Si elle défend l'idée d'un parlement cantonal des jeunes à plus long terme, Louise Kasser imagine plutôt la mise en place, dans un premier temps, d'une commission consultative d'une trentaine de jeunes pour prendre part aux travaux de la Constituante, sur la base d'une idée défendue durant la campagne par deux autres candidats verts qui n'ont pas passé la rampe: Antoine Maulini et Andres Martinez. «La nouvelle Constitution balisera l'avenir des Genevois, il est donc important d'impliquer des jeunes dans sa rédaction», relève ce dernier, bien décidé à faire partie de l'aventure. Semblable à la commission des jeunes qui avait suivi les travaux de la Constituante vaudoise, l'organe genevois aurait pour particularité d'être ouvert à des jeunes de France voisine et à des Vaudois, «également concernés par l'avenir de Genève», note Andres Martinez, qui prévoit de rencontrer Louise Kasser et Murat Alder dans les jours qui viennent pour préciser le projet.

Quoi qu'il en soit, l'instance sera largement ouverte. «Ses membres n'auront pas besoin d'être membres d'un parti, et elle devrait compter aussi bien des universitaires, des élèves du cycle d'orientation, des collégiens, que des jeunes déjà lancés dans la vie active», note Louise Kasser. Pour le reste: son mode de désignation, la prise en charge de ses frais de fonctionnement, tout reste à définir, note-t-elle.

Mais les choses ne vont pas traîner, assurent en chœur Murat Alder, Louise Kasser et Andres Martinez. Qu'il s'agisse d'un parlement ou d'une commission, l'instance devrait être opérationnelle «au moment où la Constituante aura réglé les questions d'organisation et se lancera dans les débats de fond», soit d'ici à quelques mois, évalue Andres Martinez.

L'agenda paraît serré, mais ses partisans veulent y croire, tout comme à la pérennité de l'organe, appelé à survivre à la Constituante. Il devra alors «permettre aux jeunes de continuer à jouer un rôle accru sur la scène politique cantonale», estime Murat Alder.