La socialiste Yvette Jaggi, le libéral Jean-François Leuba et le radical René Perdrix pourront tous trois diriger les travaux de la Constituante vaudoise, qui tient aujourd'hui à Lausanne sa séance constitutive. Une présidence collective devrait leur permettre d'occuper en alternance cette haute fonction, sans qu'ils doivent pour autant renoncer à leur liberté d'action et de proposition. L'atmosphère politique est à la concertation: les 180 constituants élus le 7 février dernier devraient adopter cet après-midi la formule concoctée en coulisse.

Le souci de créer pour le début des travaux un climat dégagé de querelles partisanes a été poussé assez loin. Des listes de noms toutes prêtes sont proposées à l'assemblée, qui désignera cet après-midi ses organes provisoires. Un «comité de pilotage», qui pourrait devenir ultérieurement le bureau de l'assemblée, comprendra onze membres. Outre les trois présidents, les élus suivants ont été pressentis: la radicale Christelle Luisier, le libéral Charles-Henri de Luze, l'UDC Jean Fattebert, l'écologiste Luc Recordon, le fondateur de Renaissance Suisse Europe François Cherix, ainsi que Jean-Marie Racine pour Solidarités, Sébastien Fague pour A Propos et Marie-Hélène Martin pour le Mouvement du 7 Juin.

De même, une liste de 23 candidats est proposée pour les 23 sièges de la «commission de la planification des travaux et du règlement». Ce nombre de 23 résulte de calculs permettant tout à la fois aux partis du centre droit d'exercer leur majorité, à la gauche de faire bonne figure et aux petites listes de bénéficier d'une certaine surreprésentation.

Vingt-quatrième candidat

Mais c'est à ce point de l'ordre du jour que surgit un grain de sable dans la machine bien huilée par les partis. L'Yverdonnois Cédric Pillonel, l'un des benjamins de l'assemblée, élu comme indépendant sur la liste POP/Verts, se présente comme 24e candidat. Il a refusé de s'écarter, résistant aux pressions de ceux qui lui reprochent de mettre en danger le consensus. «Alors qu'on a tellement prétendu faire sortir la Constituante du sérail partisan, mon but est justement d'offrir une possibilité de choix», explique-t-il. Cette commission de 23 membres sera chargée d'élaborer, dans les deux mois, le règlement interne de l'assemblée. La question des groupes politiques, de leur statut et de leur organisation, sera la plus délicate qu'elle aura à traiter.

Outre la désignation de ses organes, les constituants débattront du principe et des circonstances de l'assermentation. La droite est favorable à une cérémonie d'installation solennelle, qui pourrait se tenir à l'abbatiale de Payerne. La gauche préférerait la solution d'une sobre prestation de serment. Mais sur quel texte? Un projet sera proposé par l'écrivain Christophe Gallaz, élu sur la liste socialiste lausannoise.

Pour sa première séance, dans son souci de se démarquer du Grand Conseil, la Constituante aurait souhaité siéger au Palais de Rumine. Finalement, c'est pourtant bien dans le lieu traditionnel des débats parlementaires, place du Château, que se tiendra la réunion. L'assemblée chargée de donner une nouvelle charte fondamentale au canton n'a pas voulu commencer son existence en chassant les enfants qui occupent à cette heure-là l'aula de Rumine.