Le canton de Vaud aura son président, comme les communes ont leur syndic. Le président du gouvernement cantonal sera élu par le peuple pour la durée de la législature, un mois après l'élection du Conseil d'Etat. Il disposera de l'administration générale et pourra se mêler de l'activité des autres départements, pour coordonner et surveiller la bonne marche des affaires. C'est ce qu'imagine la Constituante vaudoise, qui a voté vendredi en première lecture les articles sur l'organisation du gouvernement. Avant la seconde lecture, le projet de future charte sera soumis à consultation.

Les constituants ont en revanche refusé de se donner le grand frisson: le plénum a désavoué la proposition la plus spectaculaire née des travaux des diverses commissions, qui préconisait un changement fondamental dans l'élection du gouvernement cantonal. Le Conseil d'Etat aurait été élu sur liste compacte de sept membres à la majorité relative à un tour. Un remède censé favoriser la cohérence gouvernementale, lier une équipe à un programme de législature, voire favoriser l'émergence d'un régime politique d'alternance.

Dans l'assemblée, le seul à avoir défendu le statu quo comme «la solution la moins mauvaise» est l'écologiste Laurent Rebeaud, qui est au civil porte-parole du Conseil d'Etat. De nombreux constituants de tous bords ont en revanche déploré le manque de cohésion et de leadership qui résultent du système en vigueur. Le gouvernement actuel, tout comme le précédent (dont les crises sont à l'origine de la Constituante) ont été dépeints comme des «agrégats peu harmonieux» de magistrats noyés dans la gestion des affaires courantes, sans vision stratégique et surtout préoccupés de protéger leur plate-bande.

L'idée du scrutin de liste, pour élire une équipe sur la base d'un programme de législature, avait obtenu le soutien d'élus de tous bords et a été défendue notamment par François Cherix, Roger Nordmann et Josef Zisyadis. Mais elle a paru à la majorité bien trop étrangère à la tradition et à la démocratie directe, très douteuse aussi quant à son efficacité. L'appel lancé par ses partisans de laisser une chance à cette idée jusqu'à la consultation n'a pas été entendu. Une tentative de dernière minute consistant à élargir la proposition pour que les électeurs aient quand même la possibilité de biffer des noms n'a pas suffi à la sauver. Au vote, la proposition a été écartée par 69 voix contre 62. «A sept voix près, nous commettions l'imbécillité du siècle», commente le Vert Daniel Brélaz.

La proposition d'introduire un gouvernement à deux étages, sur le modèle des secrétaires d'Etat imaginés puis abandonnés au niveau fédéral, a elle aussi été écartée. En revanche, toujours pour renforcer cohésion et leadership au sein du gouvernement, les constituants ont voté par 81 voix contre 57 contre le double mandat. Si cet article demeure, les conseillers d'Etat ne pourront plus siéger aux Chambres fédérales comme le font actuellement le libéral Claude Ruey et le radical Charles Favre: «Conseiller d'Etat est un job à plein temps.»