Ils n'ont pas pu résister. Avant même que la Constituante genevoise ne soit élue, le 19 octobre prochain, les radicaux genevois ont déjà rédigé leur propre version de la nouvelle charte fondamentale du canton. A l'exception du candidat MCG Patrick Dimier, qui entend soumettre aux élus un texte d'une quinzaine d'articles qu'il a corédigé en 2005, destiné à «servir de brouillon de base», les radicaux sont les seuls à proposer un avant-projet finalisé. Doté de 147 articles, le document, révélé au Temps, est présenté par le parti comme «une base concrète de travail» à disposition des futurs constituants, et un éventuel «plan B». Faut-il y voir une démarche castratrice et un réflexe paternaliste du parti à l'origine de l'Etat moderne à Genève? Rien de tout cela, assure le candidat Murat Alder, l'un des rédacteurs du document avec Alexandre Böhler: «Il s'agit d'une démarche constructive et nous restons ouverts au dialogue.» Entretien.

Le Temps: Pourquoi venir avec un avant-projet de Constitution déjà finalisé, alors que le but est d'ouvrir le débat et de confier cette tâche à ceux qui auront été légitimement élus pour l'accomplir?

Murat Alder: Il ne s'agit pas d'empêcher le débat ou de remplir à leur place la page blanche qui attend les constituants. Simplement, les radicaux genevois réclament une nouvelle Constitution depuis 1999. Face au désintérêt du monde politique pour une révision totale, nous avons ensuite milité en 2005 pour une révision partielle, portant sur le fonctionnement des institutions. Cela fait longtemps déjà que nous réfléchissons aux réformes que nous voulons défendre pour en finir avec les blocages et les problèmes économiques et sociaux qui pèsent sur le canton. Nous avons un programme clair, et nous n'avons fait que le traduire en termes constitutionnels après en avoir discuté en équipe.

- Mais si tout le monde venait avec un projet ficelé, le processus serait sérieusement compromis...

- Pas forcément, nous encourageons d'ailleurs les autres listes à présenter leurs propres avant-projets. En ce qui nous concerne, il est clair que nous n'allons pas brandir le texte lors des premières sessions de l'assemblée. Mais lorsque les commissions thématiques auront été mises sur pied, les élus radicaux y relaieront les articles qui s'y rapportent pour nourrir la discussion.

- Néanmoins, cette manière de vous placer au-dessus de la mêlée pourrait être mal perçue. Ne craignez-vous pas de crisper d'emblée les élus?

- Ce n'est pas notre objectif. L'idée, c'est d'avoir un plan B, une roue de secours si la Constituante échoue dans quatre ans. Le cas échéant, notre projet pourrait être soumis au Grand Conseil. Avec le nombre élevé de listes (18, ndlr), notre crainte, c'est que l'on passe trois ans à parler du sexe des anges et que le débat s'enlise, avec, à terme, le risque de déboucher sur un projet mal ficelé. Notre but est d'éviter cela, en nous montrant pragmatiques et constructifs. D'ailleurs, notre avant-projet ne réinvente pas la roue, il s'inspire largement des autres Constitutions romandes révisées au cours des dernières années, ainsi que de la charte fédérale.

- Il contient tout de même des dispositions particulièrement polémiques, notamment sur le plafonnement des impôts...

- Le Parti radical se bat depuis toujours pour faire baisser la fiscalité. Il n'est pas normal que dans le canton où l'Etat social est le plus développé, on affiche le taux de chômage, les loyers et les prix les plus élevés de Suisse. Nous voulons un Etat géré de manière efficiente, qui apprenne à faire avec ce qu'il a, et qui développe des partenariats avec le privé. C'est pourquoi nous défendons - sans préjuger de l'adoption d'un futur bouclier fiscal - un taux de prélèvement fixe maximal de 5% sur la part des revenus annuels jusqu'à 50000 francs; de 10% entre 50000 et 100000 francs; de 15% entre 100000 et 200000 francs; et de 20% au-delà de 200000 francs. Quant aux personnes morales, le taux maximal d'imposition sur les bénéfices serait de 10%.

- Vous réaffirmez aussi votre attachement à la route, alors qu'en même temps, vous mettez en avant votre fibre environnementale, est-ce crédible?

- Oui, car notre avant-projet réaffirme le non au nucléaire, auquel s'ajoute le refus du gaz. Nous préférons les incitations à la contrainte, nous voulons donc favoriser fiscalement les entreprises et les particuliers qui font des efforts pour préserver l'environnement en utilisant des véhicules peu polluants ou en construisant selon les normes Minergie. En ce qui concerne les transports, nous sommes heureux du développement des trams, mais nous constatons qu'il se fait systématiquement au détriment des voitures et des places de parking. Or les divers types de transports doivent se développer de manière complémentaire. Il faut rétablir l'équilibre et cesser de stigmatiser les automobilistes et les 4x4.

- Concernant les étrangers, vous ne voulez pas d'une extension de leurs droits politiques au niveau cantonal, pourquoi?

- Nous n'avons pas tranché la question au sein du parti, mais il est clair que le peuple n'est pas prêt à cela, et c'est son droit. En 2005, les électeurs ont accepté de justesse le droit de vote pour les étrangers au niveau communal. Aller plus loin dans le cadre de la Constituante pourrait provoquer l'échec de l'ensemble du projet et c'est précisément ce que nous voulons éviter. Il s'agit de faire mieux qu'un simple toilettage du texte actuel, mais il faut aussi tenir compte des réalités genevoises et trouver le plus petit dénominateur commun pour atteindre l'objectif principal, qui est d'offrir aux générations futures des institutions qui puissent durer et s'adapter.

- Votre avant-projet ne mentionne rien au sujet du développement de la région, alors que l'avenir passe clairement par son essor. N'est-ce pas une sérieuse lacune à combler?

- Nous ne nions pas l'importance de la région, mais c'est un enjeu secondaire pour la Constituante. Il faut réinventer les institutions genevoises avant de penser à celles de la région, et il faudra le faire en collaboration avec nos voisins, ce qui n'est pas possible dans le cadre de cette assemblée. Tout au plus pourrions-nous inscrire dans la charte le principe d'un dialogue en ce sens.