Valais

Constructions illégales de Verbier: tout comprendre si vous avez raté le début

Réunis par des liens d'intérêts dans la construction et l'immobilier, plusieurs membres de l'exécutif de Bagnes ont bafoué les lois pour offrir des chalets hors norme à leurs clients

En août 2015, le quotidien valaisan Le Nouvelliste révèle plusieurs dossiers de construction irréguliers, qui concernent des chalets cossus de Verbier. Ils ont été autorisés par la commune de Bagnes, ou alors ont été régularisés une fois les travaux achevés. Face au scandale, le président de la commission des constructions renonce provisoirement à ses fonctions, et deux experts sont nommés pour analyser plus d'une dizaine de dossiers dénoncés à l'exécutif.


■ Pourquoi l’affaire est-elle si importante?

Parce que la ligne rouge a été franchie. L'architecte Léonard Bender et l'avocat Pierre-André Veuthey transmettent leur rapport à l'exécutif de Bagnes en février 2016. Ils ont analysé 15 dossiers, tous irréguliers, et ils ont relevé 50 infractions à différentes lois, parmi lesquelles la Lex Weber et la Lex Koller. Un chalet cumule même 6 irrégularités à lui seul.

Missing fichier.

En détaillant la pratique communale en matière d’autorisations de construire, les experts mettent en cause plusieurs conseillers communaux de Bagnes. Des liens d’intérêts unissent 5 des 11 membres de l’exécutif actifs dans la construction et l’immobilier. Pour les experts, «un véritable système a été mis en place où tout le monde trouvait son compte».

Lire aussi:  Constructions illégales: Verbier conteste le rapport qui l’accable


■ Qui sont les personnages de cette affaire?

Conseiller municipal responsable des autorisations de construire jusqu'à ce que l'affaire éclate, Jean Baillod possède une entreprise d’installation électrique. Celle-ci a travaillé sur 9 des 15 chantiers litigieux. Il est aussi administrateur d’une société active dans l’immobilier. Elle est présidée par Grégoire Comina, un architecte qui apparaît dans 7 des 15 des dossiers analysés par les experts.

Lire aussi:  Un architecte influent au cœur de l’affaire Verbier

Vice-président en charge des finances, François Corthay dirige une fiduciaire qui révise à la fois les comptes de l’entreprise d’installation électrique, et ceux du bureau d’architecture. En charge de la commission des constructions avant d’hériter de l’aménagement du territoire, le conseiller communal Eric Fumeaux dirige lui aussi une société immobilière, qui emploie un autre élu.


■ Comment fonctionnait ce système ?

Piscines, saunas, salles de cinéma: de véritables immeubles souterrains ont été construits sous les chalets de Verbier. Malgré plusieurs décisions contraires des tribunaux, les acteurs politiques et économiques de Verbier ont persisté à appliquer la loi communale sur les constructions. Plus permissive que la législation cantonale, elle exclut les sous-sols du calcul de la surface habitable.

Pour l’expert Léonard Bender, «la situation a dérapé en 2009, au moment où la commission des architectes a commencé à fonctionner». Elle a été mise en place par Eric Fumeaux contre l'avis de l'architecte communal. L’associé de Grégoire Comina y siégeait. Plutôt opaque, elle devait donner son préavis sur les autorisations de construire avant que l'exécutif ne les délivre. Pendant 6 ans, elle n'a presque jamais été déjugée.


■ Comment l’affaire peut-elle se terminer ?

Abus d'autorité, corruption passive ou gestion déloyale des intérêts publics: la loi a obligé l'exécutif à annoncer les soupçons documentés par les experts à la justice. Le Ministère public enquêtera donc sur les constructions irrégulières de Verbier. Eric Fumeaux et un autre élu ne brigueront pas leur propre succession. Jean Baillod a annoncé sa démission.

Le rapport n'épargne pas l’Etat du Valais, et en particulier son Service des Affaires intérieures et communales. Il connaissait les lacunes de la commune de Bagnes, et il n’a pas agi. Le gouvernement a constitué un groupe de travail pour suivre le dossier. La commune, elle, pourra prononcer des amendes. Elle délivre 400 autorisations de construire chaque année. Pour son président Eloi Rossier, «d’autres dossiers pourraient être entachés d’irrégularités».

Publicité