Leurs oreilles ont dû siffler fortement. L’ancien conseiller national PDC Maurice Chevrier, chef du Service valaisan des affaires intérieures et communales (SAIC), et son homologue du Service du registre foncier (SRF), Sergio Biondo, ont été la cible de nombreuses attaques, ce lundi, devant le parlement valaisan. En cause: leur attitude dans le traitement de l’affaire des constructions illicites de Verbier.

Les députés valaisans analysaient le rapport de la commission de gestion du parlement concernant ce dossier, qui secoue le canton depuis 2015. Sévère, le document, publié il y a trois semaines, pointe notamment du doigt des dysfonctionnements au sein de l’administration cantonale, même si les plus grands torts reviennent à la commune de Bagnes, dont le règlement communal des constructions, allant à l’encontre de la loi supérieure, permettait d’éviter le décompte de spas, piscines ou autres salles de cinéma dans le calcul de la surface habitable.

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Demande de «mesures fortes et exemplaires»

Pour Emmanuel Amoos, le chef de groupe de l’Alliance de gauche (AdG) au parlement, il n’y a aucun doute: «Si les deux chefs de service avaient fait leur travail, cette affaire n’existerait pas.» Le socialiste, et plus généralement l’ensemble de son groupe, estime que la confiance envers les deux hommes est rompue. L’AdG demande au gouvernement de prendre des «mesures fortes et exemplaires» à leur encontre, à l’instar de tous les autres groupes, à l’exception du PDC. L’UDC évoque notamment une retraite anticipée pour Maurice Chevrier, les Verts, eux, demandent au gouvernement d’assumer les conséquences de cette affaire et de regarder quelles peuvent être les répercussions en termes de ressources humaines, quant au PLR il estime qu’une réflexion doit être entamée au sujet d’un contrat de travail de droit privé pour les chefs de service.

«Du fin fond de quelle république de tels dysfonctionnements peuvent-ils avoir été produits, répétés et couverts par nos institutions?» s’est questionné Emmanuel Amoos. Pour Jérôme Desmeules, la réponse se situe dans le clientélisme politique. Evoquant «un système, essentiellement PDC», dans cette affaire, le député UDC souligne que «l’attitude du SAIC est factuellement incompréhensible, mais hélas tristement compréhensible si on la regarde sous l’angle de l’entretien d’un système politique en place». Et d’ajouter: «Soyons clair, de la part du SAIC et du SRF, il s’agit soit d’incompétence répétée ou de malhonnêteté par la couverture d’infractions pénales. Dans les deux cas, on ne sait comment le Conseil d’Etat peut continuer à tolérer cela.»

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«Qu’on le veuille ou non, l’Etat a pris les mesures adéquates»

Conseiller d’Etat chargé du dossier, Jacques Melly a regretté que, dans le cadre d’un dossier qui concerne des abus de la part d’une autorité communale, on fasse «le procès d’un canton et d’un parti politique». Rappelant que depuis l’éclatement de cette affaire l’Etat du Valais a, «qu’on le veuille ou non, pris les mesures adéquates», le ministre a insisté sur le fait que «ce qui compte, c’est que la commune ait repris le chemin du droit» et que l’on est «en bonne voie pour mettre un point final à ce délicat problème qui date depuis trop longtemps».

La commune de Bagnes a jusqu’au 31 décembre prochain pour terminer le processus de régularisation des dossiers des constructions illicites à Verbier. Si elle n’y arrive pas, le Conseil d’Etat se substituera à elle.