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Marc Collomb, architecte. Associé au sein d'Atelier Cube SA, bureau d'architectes en charge de la reconstruction du Parlement vaudois. Lausanne, 26 juillet 2016. 
© François Wavre | lundi13

Architecture

«Construire un parlement, cela n’arrive qu’une fois dans la vie d’un architecte»

Quinze ans après l’incendie qui a détruit la salle historique, le nouveau parlement vaudois transforme le paysage lausannois. Visite avec son architecte, Marc Collomb, à neuf mois de l’inauguration

Le compte à rebours a commencé sur le chantier du nouveau parlement vaudois. Il reste neuf mois jusqu’à l’inauguration. Les autorités cantonales ont fixé la date du 14 avril prochain et elles y tiennent. C’est le jour anniversaire de la première séance du Grand Conseil, après l’entrée du canton dans la Confédération (1803).

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«C’est un moment privilégié pour l’architecte de voir se concrétiser ce qui n’existait alors que mentalement ou virtuellement», explique Marc Collomb, auteur de ce nouveau siège du pouvoir. Comme lui, les Vaudois ont pu découvrir ces dernières semaines, débarrassé des échafaudages, le toit qui coiffe le nouvel hémicycle et modifie la silhouette lausannoise.

Côté rue, dans l’antique Cité, l’entrée au parlement se fera au quotidien par un hall spectaculaire, ménagé entre deux maisons par la démolition de l’édifice intermédiaire. Dans cette opération de reconstruction, il fallait faire du neuf tout en préservant le patrimoine. Un enchevêtrement de pièces et d’escaliers a disparu. Dans le même temps, le dégagement d’une façade médiévale à deux fenêtres a permis de constituer un surprenant paysage urbain.

Ouvrir le parlement sur la ville

«Nous avons créé une richesse en faisant le vide», résume l’architecte. La façade néo-classique d’Alexandre Perregaux (1806), sur l’esplanade du Château, seule à subsister de l’ancien Grand Conseil, ne servira plus qu’aux entrées solennelles.

«L’ouverture sur la ville, c’était la particularité de notre proposition et ce choix fondamental était juste», se félicite Marc Collomb au moment où son projet se révèle. Le désenclavement recherché passe aussi par les vastes baies vitrées qui éclairent la salle des débats. Au premier plan, en contrebas, la place de la Riponne, puis la ville, le lac, le Jura. Les députés ont tenu à rester sur l’acropole qui réunit depuis des siècles à Lausanne les pouvoirs politiques et religieux. Au moins siègeront-ils à l’avenir «face à tout le canton.»

Histoire d’un toit

L’ancien parlement a été réduit en cendres dans la nuit du 14 mai 2002, alors qu’il était en rénovation. Gelée par les difficultés financières du canton, la reconstruction n’a démarré que cinq ans plus tard. Le bureau lausannois Atelier Cube, dont Marc Collomb est associé fondateur, a séduit le jury avec le projet Rosebud, co-signé par les catalans Bonell et Gil. Atelier Cube avait conçu déjà les Archive cantonales, le «Batochimie» de l’Université de Lausanne, le Swiss Plasma Center de l’EPFL. Un style? «Nous ne sommes pas bavards, c’est sûr, commente l’architecte. Nous ne faisons pas étalage de matériaux, ni de dispositifs architecturaux. Nous visons la simplicité, privilégions l’espace et son usage.»

Mais la polémique sur le toit initial, son volume, sa forme et sa couleur, a fait rage. Les opposants, menés par Pierre-Antoine Hildbrand, le nouvel élu PLR de la Municipalité de Lausanne, ont arraché en 2012 sous la menace du référendum la modification du projet. Le toit devait être plus haut, de forme irrégulière et en inox étamé pour héberger une installation énergétique hi-tech. Il servira toujours de puits de lumière zénithal, mais ses pans sont devenus réguliers et il est recouvert de tuiles que l’architecte trouve trop claires.

«C’est tout le paradoxe de ce projet»

Construire un parlement, c’est un mandat qui n’arrive qu’une fois dans la vie d’un architecte. Marc Collomb se dit fier d’avoir bâti la maison qui doit abriter «le dialogue de tous les citoyens». Mais l’histoire agitée du projet a laissé des traces chez celui qui dirige aussi l’Académie d’architecture de Mendrisio (TI). «Nous avons pourtant proposé divers modèles de toiture en terre cuite, d’autres couleurs, mais aucune discussion n’a plus été possible. C’est comme si l’on retirait à un architecte la capacité de faire sa proposition. Le dialogue constructif a manqué, c’est tout le paradoxe de ce projet.»

Voir notre galerie d’images: Visite dans les entrailles du pouvoir vaudois

Effets collatéraux

Encore en chantier, l’hémicycle permet déjà de voir comment fonctionnera le parlement. Les conseillers d’État restent au centre, face à la salle, selon la traditionnelle ordonnance du pouvoir vaudois. Les orateurs, qui s’étaient habitués à parler depuis leur place dans les locaux provisoires du palais de Rumine, devront à nouveau aller au pupitre. La réduction de volume du toit a eu pour effet collatéral de resserrer la salle elle-même. Il n’y aura plus qu’une allée centrale entre les élus, départageant gauche et droite en deux parties égales. Les journalistes sont les perdants du remaniement. Ils se mobilisent ces jours pour retrouver une place de plain-pied, alors qu’on veut les reléguer sur la tribune du public.

Les députés ont aussi exigé une charpente en bois suisse. Le mandat public a été attribué au député-charpentier Pierre Volet, plus avantageux. C’est toutefois le montage de ses panneaux en Allemagne qui lui a permis de battre son concurrent. Avec le surcoût dû au réaménagement du sous-sol après la découverte d’une peinture médiévale, le prix du nouveau parlement vaudois se monte à 25 millions de francs.

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