Hôtellerie

Pour contenir Airbnb, le Tessin suit l’exemple de Paris

Le canton italophone sera le premier à exiger des hôtes un numéro d’identification. L’Association romande des hôteliers salue l’initiative, qui est pour elle la voie à suivre

Il faudra désormais posséder un numéro d’utilisation pour mettre un logement touristique en location en passant par une plateforme en ligne comme Airbnb. C’est la mesure phare d’une modification de la loi cantonale sur le tourisme (LTur) proposée par le Conseil d’Etat tessinois. Le canton serait ainsi le premier à exiger une telle identification, une prescription déjà introduite avec succès dans des villes comme Paris et Barcelone.

Cette révision légale, qui doit encore être approuvée par le Grand Conseil, vise à garantir une concurrence loyale dans le secteur de l’hébergement, explique Christian Vitta, directeur du Département des finances et de l’économie du canton. «Nous jetons ainsi les bases pour encaisser uniformément les taxes de séjour et de promotion, qui sont des ressources importantes pour promouvoir les destinations tessinoises.»

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L’Association romande des hôteliers (ARH), qui a tenu jeudi une conférence de presse pour réclamer des autorités qu’elles soumettent aux législations en vigueur les «hébergeurs commerciaux clandestins, utilisateurs notamment de la plateforme Airbnb», salue l’initiative tessinoise. «A la lecture du communiqué du Conseil d’Etat tessinois, nous pouvons sans autre affirmer que celle-ci va bel et bien dans la bonne direction», affirme Alain Becker, directeur de l’ARH.

178 000 nuitées en 2018

Avec la proposition gouvernementale, le canton du Tessin pourrait récupérer plus d’un demi-million de francs de taxes par an. En 2018, environ 175 000 nuitées ont été enregistrées au sud des Alpes via le seul portail Airbnb. A cela s’ajoutent les réservations sur d’autres plateformes numériques. Ces intermédiaires figurent aujourd’hui parmi les canaux principaux qu’utilisent les touristes pour planifier leurs voyages.

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Pour obtenir le numéro d’identification, celui qui met à disposition une chambre, un appartement ou une maison pour une courte durée devra obtenir de la commune un certificat attestant que ses locaux sont appropriés et notifier à la police le nombre de nuitées louées. La mesure devrait garantir des contrôles plus efficaces et éliminer la sous-location non déclarée par le locataire. Christian Vitta précise que cela n’est qu’un «premier pas» avant d’autres mesures concrètes, car les changements dictés par la digitalisation «sont très rapides et nécessitent une évaluation constante.»

Un nouveau profil de touristes

Président d’Hotelleriesuisse Tessin, Lorenzo Pianezzi est «très satisfait» des mesures proposées par le gouvernement. «Airbnb est un phénomène global qui ne peut être combattu et ne nous fait pas peur. Il a créé une niche qui attire un nouveau profil de touristes. Il est cependant normal que les citoyens qui mettent à disposition un logement via cette plateforme se conforment aux lois du territoire.» Le président des hôteliers tessinois reconnaît que la clientèle du portail américain n’irait pas forcément à l’hôtel, ce qui n’empêche pas les hôtels de profiter du portail d’Airbnb pour attirer d’éventuels clients. Il cite une autre modification de la loi à saluer: les particuliers offrant plus de six lits seront considérés comme «professionnels». «Par conséquent, ils devront disposer d’une licence d’hôtelier ou d’un diplôme en hôtellerie.»

Directeur par intérim de Ticino Turismo, Kaspar Weber estime lui aussi que les modifications de la loi cantonale sur le tourisme envisagées comblent une lacune.

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