1967. La petite commune de Conthey, en périphérie de Sion, défraie la chronique. Elle vient de vivre ce que l’on a appelé à l’époque «la plus grande marée noire d’Europe». 1, 3 millions de litres d’hydrocarbures se sont échappés d’une cuve de mazout de l’entreprise Steinkohlen, dont la vanne était restée ouverte. De grands travaux de pompage et de confinement de la pollution ont lieu. «C’est une pollution très grave pour les eaux souterraines parce que cette pollution persistera dans le sol pendant des années», témoigne alors un spécialiste devant les caméras de télévision. Une année plus tard, le canton estime que 80% des hydrocarbures ont pu être récupérés et que la pollution n’a pas dépassé le barrage mis en place sur 4000 m2.

Forage trop profond

Mais en 2008, une entreprise de construction partenaire de Swiss ­Environment SA achète l’une des parcelles voisines de l’accident, non inscrite au cadastre des sites pollués. Elle décide d’y tester de nouvelles méthodes de détection des polluants pratiquées par Swiss Environment. «Ces mesures ont mis en évidence l’existence d’une épaisse couche d’hydrocarbures à la surface de la nappe phréatique, explique Yves Degoumois, responsable du cadastre de sites pollués. Mais la pollution étant ancienne, les hydrocarbures qui ne se sont pas déplacés depuis 1967 ne sont pas très mobiles et ne risquent donc pas de se propager.» Les premières investigations menées par Steinkohlen en 2001 n’ont pas permis de révéler cette pollution. L’eau analysée a été prélevée trop profondément dans la nappe alors que les hydrocarbures flottent à sa surface. Le canton demande aujourd’hui que l’entreprise réalise une enquête complémentaire pour comprendre la nature et l’envergure exacte de l’accident de 1967. Sans effet pour l’instant.

Le site n’est pas une urgence en termes de protection de l’environnement, selon le SPE, mais la pollution pose des problèmes pour le développement de cette zone industrielle. En effet, l’ordonnance sur les sites pollués implique d’assainir les sols lors de nouvelles constructions pour éviter de déplacer les terres souillées. Le fait que certaines parcelles atteintes par la marée noire de 1967 ne soient pas inscrites au cadastre des sites pollués cause des imbroglios juridiques. Le terrain acheté perd de la valeur, le propriétaire doit avoir fait ce qui était possible pour se renseigner avant l’achat et les démarches sont longues pour parvenir à faire appliquer le principe de la loi fédérale selon lequel le pollueur doit payer les travaux d’assainissement. «En l’occurrence, il s’agira probablement d’un nouveau pompage des eaux de surface de la nappe et peut-être d’une intervention pour accélérer la dégradation biologique des hydrocarbures», explique Yves Degoumois. Avec un enjeu financier de taille, le risque que la biodégradation ne fonctionne pas et des difficultés pratiques liées à l’ampleur du site.