Islam

«Continuer sa prière dehors par manque de place, ce n’est pas un crime»

Les quelques musulmans qui priaient devant la mosquée de Prélaz à Lausanne l’ont fait par manque d’espace, insiste son imam, Munther Chaibi El Adnani

Devant la mosquée de l’avenue de Sévery 2 à Lausanne, mercredi après-midi, l’ombre est une denrée rare. Cinq hommes et trois jeunes garçons se tiennent sur le même trottoir où une poignée de fidèles se prosternaient le 12 août dernier, lors de ce qui a été qualifié comme une «prière de rue». Sous un store de quelques centimètres, ils se protègent de la chaleur écrasante.

Nous venons nous rendre compte de la taille de la mosquée et sonder l’atmosphère du lieu, après qu’une vidéo tournée par des observateurs alentours a été postée sur le profil Facebook «Salafistes Dehors», et des menaces proférées contre ses auteurs présumés.

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«Si vous voulez de l’ombre, il faut payer!», rigolent Mahdi et son «frère», portant barbes jusqu’à mi-poitrine et habit traditionnel. Nous resterons une heure et demie en plein soleil. L’un vient d’Irak, les autres préfèrent ne pas parler de leur origine. Pourquoi? «C’est délicat, on préfère rester discrets». L’accueil est réservé. La confiance, loin d’être acquise.

«Vous êtes de quel parti politique?», nous demande-t-on. Tous les usagers du lieu de culte habitent le quartier, Malley ou Prilly. L’intérieur de la mosquée est très simple, mais surtout petit. «Voyez, ce n’est pas très grand et le vendredi, nous sommes jusqu’à deux cent à venir prier. Lorsque des gens arrivent en retard, l’imam fait signe à tout le monde d’avancer, pour faire de la place, mais on est serrés», explique Mahdi.

Un prêche condamnant le terrorisme

L’imam Munther Chaibi El Adnani s’est fendu d’un commentaire sur la page Facebook du «Temps», après la publication de notre article. Le 12 août il prêchait «justement sur la condamnation ferme et catégorique du fanatisme et du terrorisme, qui peut abriter d’ailleurs toutes les idéologies pas seulement l’Islam». «Ce jour-là, faute de place, certaines personnes ont simplement continué leur prière dehors, ce n’est pas un crime. Par contre, le fait de filmer des personnes sans autorisation et de poster la vidéo sur les réseaux sociaux, ça, c’est illégal, si nous voulions, nous pourrions porter plainte», nous livre-t-il par téléphone.

La mosquée n’est financée que par les dons que laissent les fidèles lors de la prière, déclare-t-il. Aucun salaire n’est versé à un imam attitré, les prêches sont assurés selon un tournus. «Nous n’arrivons plus à payer le loyer d’environ 1200 francs mensuels pour le local qui se trouve en continuité de la salle de prière. Avant, c’étaient les femmes qui y allaient, depuis que l’on n’y a plus accès, on a dû séparer notre espace en deux», explique Mahdi.

Climat islamophobe pesant

Tous parlent du climat islamophobe ambiant, se comparent aux «Juifs durant la Seconde Guerre mondiale», expliquent que la mosquée existe depuis environ 14 ans et que les ennuis, eux, ont commencé ces derniers mois, avec les attentats en France. «Nous connaissons la femme qui a tourné cette vidéo, ça provient de ce balcon là-bas, on l’a repérée. Elle est arrivée dans le quartier après nous, on a le droit d’être là». Ils racontent que lors de la fête de l’Aïd, ils sortent des tables sur le trottoir et distribuent boissons et biscuits aux passants.

Trois policiers passent faire leur ronde et s’arrêtent quelques minutes pour discuter. Mais après leur départ, les remarques fusent. «C’est vous qui leur avez dit de venir, vous les avez amenés parce que vous avez peur de nous? Nous ne vous faisons pas confiance, Dieu seul connaît la vérité!», nous reprochent-ils. Petit à petit, le rôle de la femme, la religion catholique et le style de vie occidental sont épinglés. On déplore que la journaliste, épaules et genoux pourtant couverts, soit mal habillée.

«Vous ne pouvez pas sortir comme ça. Même les catholiques se voilent. J’ai vu une photo au début du siècle prise à Ouchy, toutes les femmes portaient un foulard sur la tête. C’était mieux, il faut que vous reveniez à ça. Et puis, il faut vous marier, sinon, ça se termine en prostitution».

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