La Côte-aux-Fées, ses forêts, ses pâturages, son savoir-faire horloger. C'est là, à l'extrême ouest de ce Finistère neuchâtelois qu'est le Val-de-Travers, que réside Yvan Perrin. Depuis son élection au Conseil national, en 2003, le président de l'UDC cantonale fait partie du patrimoine local. Il joue le rôle d'étendard, au même titre que la manufacture de mouvements Piaget, principale fierté du village.

Symbole, mais aussi porte-parole: dès qu'il le peut, Yvan Perrin s'engage pour défendre une terre «trop souvent oubliée par le canton». Dans cet esprit, il siège depuis 2000 au sein de l'exécutif de La Côte-aux-Fées. Fort de cette légitimité, il n'hésite pas à faire entendre sa voix quand l'avenir de la région est en jeu. L'Etat de Neuchâtel veut fermer le lycée du Val-de-Travers ou la maternité de Couvet pour faire des économies? Le parlementaire fédéral garant de l'austérité budgétaire se mue en défenseur acharné des régions périphériques. Le paradoxe ne l'émeut guère. «L'UDC est très sensible à cette problématique», assure-t-il.

Une opposition déterminée

Malgré son obsession de garder un Val-de-Travers fort, Yvan Perrin fait partie des opposants les plus déterminés au projet de fusionner les onze communes du district dès le 1er janvier 2008. Associé au processus comme représentant de La Côte-aux-Fées auprès de l'Association région Val-de-Travers (ARVT), il s'est longtemps interdit de le dire tout haut. «J'ai beaucoup apprécié son éthique dans ce dossier», souligne Claude-Alain Kleiner, ancien vice-président de la Commission de rédaction de la convention de fusion (Coref).

Les choses ont changé depuis la signature de la convention de fusion, le 12 septembre dernier à Môtiers. Comme les représentants des dix autres communes du Vallon, Yvan Perrin a ratifié le document. Mais sa crispation et son manque de conviction n'ont échappé à personne. Il ne s'en est d'ailleurs pas caché, disant ouvertement au terme de la cérémonie que l'exécutif de La Côte-aux-Fées signait la convention de fusion uniquement «pour permettre au processus démocratique de se poursuivre».

Dans le cas contraire, Yvan Perrin et ses collègues auraient enterré le projet sans que le peuple eût pu se prononcer. «Nous n'avons pas voulu décider pour les 500 habitants de la commune ni pour l'ensemble du Val-de-Travers. Au vu de l'enjeu, nous estimons que les citoyens doivent être consultés», estime l'élu UDC. Une analyse partagée par les deux autres communes opposées au projet, Fleurier et Les Verrières.

A entendre ses adversaires, le projet de commune unique est mal ficelé, avec des projections financières imprécises. Son défaut principal: avoir été élaboré en vase clos, sans concertation ni information auprès de la population. «On ne fait pas le bonheur des gens contre leur gré, estime Yvan Perrin. Depuis le lancement du projet, il y a dix ans, on n'a jamais rien demandé aux Vallonniers. Tout est basé sur des certitudes qui n'engagent que ceux qui les ont.»

Trois communes récalcitrantes

Pertinente, la critique masque le moteur principal de l'opposition à la commune unique: l'esprit de clocher. Les trois communes récalcitrantes offrent aujourd'hui la meilleure attractivité fiscale du district. Avec un coefficient de 59, La Côte-aux-Fées fait même partie des dix communes les plus favorables du canton (sur 62). Fleurier (70) et Les Verrières (74) pointent en 37e et 47e position. Les huit autres communes du Vallon sont classées au-delà du 50e rang. Travers (83), Couvet (85) et Noiraigue (88) ferment la marche.

Le coefficient de 72 prévu dans la convention de fusion inquiète les communes les plus riches. Car comme l'a souligné le Service cantonal des communes dans une note datée du 20 juillet, c'est un choix «politique» qui ne permettrait «de loin pas l'équilibre des comptes». Pour cela, il faudrait un coefficient «de 84,3 voire de 85,9» selon les versions du budget prévisionnel pour l'année 2008.

Dans ce contexte, Yvan Perrin juge le projet «tout simplement indéfendable». Selon lui, c'est sûr, «la commune unique va droit dans le mur». Son acte de décès sera officialisé soit par l'un des onze parlements communaux, le 23 avril 2007, soit lors de la consultation populaire, le 17 juin de la même année.

Jusque-là, le débat sera enflammé des deux côtés de la «traversante», la route qui relie les villages du Val-de-Travers au reste du canton. Les partisans de la commune unique mèneront campagne dès le mois de janvier. «Nous voulons convaincre les contribuables de faire le pas, indique Claude-Alain Kleiner. Leur porte-monnaie aujourd'hui, c'est une chose. Ce qui compte, c'est leur porte-monnaie demain, quand les nécessaires rationalisations auront été menées.»

Vers un «Grand Fleurier»?

Les adversaires regardent déjà vers l'avenir. Membre de l'exécutif de Fleurier, Valentin Hotz a proposé dans les colonnes de L'Express et L'Impartial une fusion des six communes de l'ouest du Vallon (Fleurier, Les Verrières, La Côte-aux-Fées, Buttes, Les Bayards et Saint-Sulpice). Repoussé par les deux dernières, le projet vise à créer un «Grand Fleurier» économiquement fort et fiscalement attractif.

Ce «plan B», qui a les faveurs d'Yvan Perrin, consacrerait un Val-de-Travers à deux vitesses. Avec d'un côté les communes les plus prospères et de l'autre des communes contraintes de surmonter d'importantes difficultés financières. La solidarité vallonnière serait-elle en train de se dissoudre comme un sucre sur une cuillère à absinthe? Yvan Perrin tempère: «On peut espérer fusionner à onze dans une deuxième étape, dans dix ou quinze ans. Mais il faut se donner du temps. Contrairement à ce que certains disent, le Val-de-Travers ne disparaîtra pas si on ne fusionne pas le 1er janvier 2008.»