«L’heure est grave et nous sommes au pied du mur», a souligné ce vendredi Alain Berset, conseiller fédéral chargé de la Santé. Pour répondre à l’explosion des cas de coronavirus, les rassemblements de plus de cinq personnes dans le domaine public comme dans le domaine privé, spontanés ou non, sont interdits dès minuit. Sortir se balader reste autorisé; toutefois, une distance de 2 mètres doit être respectée entre chaque personne. La police y veillera, puisqu’elle est désormais autorisée à infliger des amendes d’ordre de 100 francs par personne si ces règles ne sont pas respectées. Les villes pourront aussi décider de la fermeture de parcs et autres places publiques pour éviter les rassemblements. Anticipé par beaucoup, le confinement général de la population est cependant écarté. Avec cet espoir: que les Suisses respectent les règles de leur plein gré.

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«C’est une question de culture»

«Nous ne faisons pas de politique-spectacle», a insisté ce vendredi Alain Berset. Fait peu habituel pour un politicien suisse, le Fribourgeois a justifié l’absence de confinement obligatoire en faisant allusion de manière à peine déguisée à l’exemple français, chaotique: «On voit que dans d’autres pays l’adhésion à ce genre de mesures extrêmement fortes n’est pas bonne et qu’elle ne permet pas forcément de la meilleure des manières de freiner la propagation du virus. Penser qu’on peut tout décider d’en haut et que tout le monde est d’accord ne fonctionne pas.»

Depuis l’annonce par Emmanuel Macron ce lundi d’un confinement général, le non-respect en masse des nouvelles prescriptions est en effet courant, la police est débordée et une confusion générale règne dans plusieurs villes de l’Hexagone.

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«Les pays qui ont décidé de confiner leur population l’ont par ailleurs fait de manière limitée, rappelle le chef du Département fédéral de l’intérieur. Jusqu’à lundi, comme en Autriche, jusqu’à la fin du mois, ou encore jusqu’aux premiers jours d’avril; cela ne suffira pas. Il y aura des prolongations, avec la difficulté pour les gouvernements concernés d’expliquer pourquoi, de fixer une nouvelle date. Or, nous allons devoir tenir sur la longueur. J’étais fréquemment en route la semaine dernière et je constate que la plupart des citoyens font déjà très attention. C’est aussi une question de culture.»

Apôtre de la discipline helvétique, le Fribourgeois a cependant martelé qu’il fallait désormais «arrêter de plaisanter»: «Freiner le virus ne peut marcher qu’avec l’adhésion de l’ensemble de la population aux mesures décidées. Nous en appelons à la responsabilité de chacun et de chacune, aux plus âgés comme aux plus jeunes.» Il ne s’agit toutefois pas non plus d’emprisonner les gens chez eux, a souligné le socialiste: «Cela risque de durer. Les personnes âgées peuvent tout de même faire quelques pas à l’extérieur, promener leur chien. Encore une fois, il s’agit de faire appel au bon sens de chacun.» Pressé de questions sur la légèreté apparente des mesures, le conseiller fédéral a rétorqué la mine grave que «dix jeunes qui attendent le train à la gare seraient désormais amendables, ce qui représente une atteinte aux libertés individuelles absolument extraordinaire dans un pays comme la Suisse».

Les chantiers peuvent se poursuivre, mais ils seront surveillés

A la suite d’une vague de critiques concernant la situation des travailleurs actifs sur des chantiers et dans des usines – et afin d’éviter leur fermeture et de mieux protéger leur personnel – le Conseil fédéral a par ailleurs annoncé que ces derniers ne fermeraient pas. Un renforcement des contrôles sanitaires est cependant prévu: «Comme dans les pays qui nous entourent, il est nécessaire que les taxis roulent, que les assurances fonctionnent, que les plombiers soient disponibles, que la poste livre et que les usines et les sites de construction continuent partiellement de tourner, a souligné Alain Berset. Toutefois, pour que cela fonctionne, les employeurs devront impérativement respecter les nouvelles règles d’hygiène en vigueur.» Des inspecteurs du travail et de la Suva, principal assureur accidents de Suisse, y veilleront. Les contrevenants s’exposeront à la fermeture forcée de leurs activités.