Peut-on convaincre une majorité de citoyens vaudois de voter, le 17 avril prochain, en faveur des quatre hausses fiscales proposées par le Conseil d'Etat? «Oui, si l'on explique clairement qu'il s'agit de hausses ciblées touchant une minorité de contribuables», répond le comité qui défend le projet aux côtés du Conseil d'Etat. Ces diverses hausses, qui doivent rapporter 45 millions à l'Etat et 13,5 millions aux communes, ont été contestées par référendum par la droite et les milieux patronaux.

Précédent en 1997

Début 1997, alors que Charles Favre dirigeait les Finances vaudoises, une précédente tentative d'augmenter la fiscalité avait échoué à la suite d'un référendum libéral. Mais le comité «Quinze ans de déficit ça suffit, Oui à un effort équitable» estime que le contexte a suffisamment changé pour que les citoyens voient les choses autrement. «L'Etat peut présenter un réel effort d'économies, ce qui n'était pas le cas à l'époque, souligne Daniel Brélaz, le syndic de Lausanne. Le budget 2005 inclut 200 millions d'économies et les charges y sont, pour la première fois, inférieures au budget précédent.»

Les Vaudois voient désormais le lien entre le niveau de la fiscalité et celui des prestations, relève le député Michel Mouquin, chef du groupe radical au Grand Conseil. En 1997, ces prestations étaient loin d'être menacées. Aujourd'hui en revanche, l'enseignement, les EMS, les hôpitaux, les bénéficiaires des subsides à l'assurance maladie sentent concrètement les effets des restrictions.

Récemment, les Vaudois ont refusé le paquet fiscal de la Confédération et accepté de sauvegarder une partie de l'impôt sur les successions. Ils sont donc capables de refuser des baisses d'impôt. Reste à savoir s'ils accepteront des hausses.

Le Comité «Quinze ans de déficit ça suffit…» comprend des socialistes, des Verts et un grand nombre de députés radicaux. Ce dernier parti est toutefois divisé, une partie ayant rejoint l'opposition libérale-UDC. Le nom de leur président, Claude-André Fardel, pourtant l'un des premiers signataires, a ainsi disparu de la liste.

«Ceux qui sont contre les hausses d'impôt sont en fait contre l'assainissement des finances», accuse Michel Mouquin. Le député avance une comparaison pour montrer que l'effort demandé aux contribuables les plus aisés est acceptable: «Les fonctionnaires dont le salaire dépasse 100 000 francs devront sacrifier mille francs pour le redressement du canton, c'est le double de ce que l'Etat entend demander aux millionnaires lors de cette votation!»

Lors de la campagne, qui sera brève et modeste – pas d'affiches pour le oui, faute de moyens –, le comité insistera sur le fait que les hausses seront indolores pour la grande majorité des contribuables. Selon le radical Francis Thévoz, «c'est une petite minorité qui est égratignée, mais elle pousse des cris affreux.»