Ils sont de gauche, de droite, bourgeois, syndicaux, économiques, entrepreneuriaux, scientifiques, jeunes ou paysans. Les comités pour ou contre l'extension de la libre circulation des personnes ont eu la croissance tardive cet été et n'ont commencé à fleurir que durant ces deux dernières semaines. D'où l'impression nullement faussée de leur grand nombre. Au total, ce sont plus d'une quinzaine de ces groupements politiques ou associatifs qui déferleront sur la campagne en vue du 25 septembre, en sus des partis politiques. En segmentant les fronts en présence, tous espèrent mieux cibler leur électorat. Chaque comité fait écho à celui créé dans le camp adverse. Décryptage.

Avant la pause estivale, il y avait la grande entente politico-économique en faveur de l'extension de la libre circulation et la minorité UDC/extrême gauche qui disait non. Aujourd'hui, ce schéma a gagné en complexité. Les fronts sont toujours les mêmes, mais les composantes des deux camps ont pris le parti de se démarquer. Car la campagne en vue du 25 septembre est multi-thématique et chaque argument doit trouver son énonciateur privilégié. Les retombées économiques de l'accord, les relations entre la Suisse et l'Union européenne et les conséquences sur le marché du travail ne peuvent pas émaner d'une seule entité pour convaincre.

Même si l'Union syndicale suisse (USS) s'engagera à fond dans cette bataille, un comité syndical romand verra le jour mercredi. Il est surtout destiné à contrer l'idée largement répandue que les associations de défense des travailleurs sont divisées sur cet objet de votation, comme le laisse penser l'opposition de l'Alliance de gauche genevoise. «Ce découpage est une bonne chose et s'avère plus crédible auprès de l'électorat qu'un grand comité diffus», estime Chantal Balet, responsable romande d'economiesuisse. Un travailleur du bâtiment romand pourrait en effet difficilement comprendre pourquoi il devrait voter oui en septembre parce que les directeurs de banque invitent à le faire.

Du côté de l'économie justement, ce sont les comités libéral-radical et celui nommé «L'économie de proximité dit oui à la libre circulation des personnes» formé par l'Union suisse des arts et métiers (USAM) et par l'Union suisse des paysans (USP), qui donneront la réplique aux comités homonymes issus des rangs UDC. Le comité bourgeois «Oui aux accords bilatéraux» regroupant le PDC, les radicaux, les libéraux et les évangéliques défendra quant à lui les bons rapports de voisinage entre la Suisse et l'Union européenne face au comité interparti des opposants (UDC, Union démocratique fédérale et Démocrates suisses, ASIN). Spécificité, un comité de gauche s'est démarqué du groupe bourgeois, valeurs obligent. Car, en plus des différences de ligne argumentaire, nombre de comités se sont formés pour montrer qu'ils ne s'acoquinaient pas avec leurs ennemis habituels. Il serait du plus mauvais effet sur l'électorat que les syndicats s'affichent main dans la main avec les pontes de l'économie, par exemple.

On peut également voir dans ces divisions une simple réaction à un stimulus. «Les opposants n'hésitent pas à créer des comités pour montrer que chaque groupement d'intérêts, comme l'agriculture ou les arts et métiers, est divisé», explique le conseiller national Christian Levrat (PS/FR). Ceux qui se trouvent de l'autre côté n'ont alors d'autre choix que de répondre en créant un comité de même nature, mais aux arguments contradictoires. Ainsi les jeunes de la droite dure (Young4fun, Lega ou UDC) feront barrage à la fin du mois aux belles perspectives de mobilité avancées par le comité contemporain «Elargissement». Un comité romand «contre l'immigration de l'Est» dégainera également aujourd'hui pour mettre des bâtons dans les roues du comité syndical romand en s'emparant du cas problématique du marché du travail genevois.

Finalement et surtout, la multiplication des comités, une tendance lors des dernières votations, permet tout simplement aux divers intervenants de mener campagne et d'attirer sur eux l'attention des médias et des votants. L'UDC a par exemple tout intérêt à gonfler son opposition en une demi-douzaine de comités contre l'extension de la libre circulation des personnes.

Les partisans mettent quant à eux toutes les chances de victoire de leur côté en démultipliant les fronts, face à un adversaire peu reconnaissable. «C'est vrai que nous savons à qui nous avons à faire avec l'UDC et l'extrême gauche, mais il ne faut pas oublier un autre adversaire: la peur des Suisses», admet Chantal Balet.

Oskar Freysinger (UDC/VS), président du comité romand cité plus haut, voit un autre problème dans le camp du oui. «Pour une fois, il y a de grands méchants UDC de leur côté et il faut bien qu'ils s'en distancient», analyse-t-il. Une considération qui semble se vérifier. Les UDC dissidents en faveur du oui n'ont pas eu voix au chapitre dans le comité bourgeois. Ils se contenteront du comité USAM/USP ou de celui du banquier saint-gallois Konrad Hummler, anciennement nommé «Non à Schengen-Oui à la libre circulation» et désormais rebaptisé «Oui à la libre circulation-Non à l'adhésion à l'UE». A en croire que la votation du 25 septembre se gagnera à coups de comités.