Prévoyance Vieillesse 2020  

«Qui est contre la retraite à 67 ans doit dire oui à cette réforme»

Le président du syndicat Travail. Suisse, Adrian Wüthrich, estime que le projet dont a accouché le Parlement est le meilleur possible au vu des forces politiques en présence

La réforme des retraites Prévoyance 2020, qui devrait être soumise au vote populaire le 24 septembre prochain, divise le monde syndical. Du côté de Genève, les «Assises sur les retraites» – une coalition qui regroupe des syndicalistes de diverses fédérations, des représentants de partis politiques et des militants du mouvement associatif – dénoncent la réforme au nom de la défense des droits des femmes et des conditions de vie des retraités. L’Union syndicale suisse prendra position le 24 mars, Unia se prononcera ce samedi. Le président de Travail. Suisse, Adrian Wüthrich, appelle à titre personnel à un soutien de la réforme.

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Le Temps: La réforme des retraites a passé le cap du Conseil national aux forceps. Etes-vous soulagé ou inquiet pour la suite?

Adrian Wüthrich: Le Parlement – pour autant qu’il confirme son vote vendredi – laisse le peuple s’exprimer sur une question aussi importante. Je trouve cela bien. Le débat a prouvé la complexité du sujet. Maintenant, au bout du compte, j’estime que cette réforme doit être soutenue. Je comprends les voix critiques. Mais un rejet serait dangereux pour l’avenir de nos rentes.

- Une unité syndicale derrière ce projet sera difficile, voire impossible à obtenir, non?

- Nous en parlerons ces prochains jours au sein de Travail. Suisse. Je pense que nous soutiendrons la réforme. Je sais en revanche qu’à Genève, des collègues syndicalistes se montrent réticents. Il est clair que le travail d’explication et les discussions qui nous attendent ces prochains temps sont très importants. Il faudra montrer que nous avons obtenu la meilleure loi possible au vu de la composition politique actuelle du Parlement.

- C’est-à-dire?

- Nous avons pu garder le niveau des rentes et l’âge de référence de la retraite à 65 ans pour tous. Cet âge de référence vaudra aussi pour les femmes, malheureusement, mais en contrepartie le projet contient aussi des améliorations. Mais que se passerait-il en cas d’échec de la réforme? Nous aurions un véritable problème pour la santé de nos retraites et la droite reviendrait avec l’idée d’augmenter l’âge de référence à 67 ans. Nous nous y opposons avec force. Qui est contre la retraite à 67 ans doit dire oui à cette réforme lors du vote le 24 septembre prochain.

- Mais entre la hausse de l’âge de la retraite des femmes, la baisse des rentes LPP et le fait que le nouveau bonus de 70 francs profitera aussi aux multimillionnaires, il y a matière à contestation, même à gauche…

- Nous entendons bien ces arguments-là. Mais je le répète: il faudra expliquer les conséquences en cas de rejet. Si cette solution est balayée en votation, le fonds AVS sera presque vide en 2030. Nous ne pouvons pas en faire abstraction.

- En 2010, les syndicats ont coulé la baisse du taux de conversion dans le 2e pilier en votation. Aujourd’hui, vous acceptez une baisse encore plus massive. Vous reconnaissez que c’est inéluctable?

- Nous avons remporté une grande victoire en 2010 avec le maintien du taux de conversion LPP à 6,8%, parce qu’aucune mesure de compensation pour maintenir le niveau des rentes n’était prévue. C’est différent cette fois-ci. Nous observons aussi en tant que partenaires sociaux, co-responsables de plusieurs conseils de fondation et caisses de pension, la difficulté de réaliser les gains suffisants pour financer les rentes. Beaucoup d’experts disent que même le taux de conversion de 6% contenu dans la réforme est encore trop élevé. Si l’on se soustrait à toute idéologie, il faut reconnaître que ces 6% constituent encore une bonne solution. Ce taux ne vaudra que pour les nouveaux retraités. C’est pour cela que les rentes AVS augmenteront de 70 francs uniquement pour eux.

- Ne craignez-vous pas la droite et les moyens qu’elle engagera pour faire échouer le projet?

- Je ne crois pas que le front de droite sera au final si uni que cela. Il y a des associations d’employeurs qui sont favorables à la solution et se démarquent du Parlement. GastroSuisse ou l’Union suisse des paysans devraient être de notre côté. Le débat s’annonce très intéressant. A la fin, chacun d’entre nous a la responsabilité de garantir le financement de nos assurances sociales. Un non serait un grand danger pour notre AVS.

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