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La région des Trois-Lacs.
© Keystone / GAETAN BALLY

Changement climatique

Contre la sécheresse en Suisse, un mégaprojet d’irrigation

Malgré d’importantes ressources en eau, le plateau helvétique souffre en période de canicule. La faute à une mauvaise planification territoriale, dit une étude, qui préconise de très grands travaux

On surnomme la Suisse le château d’eau de l’Europe. Pourtant, la sécheresse frappe, les paysans grimacent et les cultures souffrent. Pourquoi? «Parce que l’Etat n’a pas correctement fait son devoir», répond Peter Thomet, président de l’association suisse Pro Agricultura, qui s’intéresse au management de l’eau dans la région des Trois-Lacs.

Inquiet de voir les répercussions négatives du manque de précipitations sur ce territoire, qui représente plus de 25% de la production maraîchère de Suisse, cet ingénieur lance en 2014 une étude pour comprendre. Comprendre pourquoi, juste à côté de trois des plus vastes étendues d’eau du pays, l’or bleu peut venir à manquer. Menée avec le soutien de la Confédération, des cantons de Berne, Vaud, Fribourg et de plusieurs associations de protection de l’environnement, ses conclusions sont sans appel: les infrastructures sont déficientes.

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Deux régions stratégiques dépourvues de stratégie

«La quantité d’eau disponible est pourtant infinie, explique Peter Thomet, il y en a bien assez pour tout le monde, ce n’est pas la question. C’est l’utilisation qui en est faite qui pose problème. Certains paysans s’approvisionnent encore dans les canaux avec des pompes à diesel, ce qui est polluant et inefficient. De plus, passé une certaine température, leur eau devient de très mauvaise qualité. Alors que les lacs sont juste à côté!»

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Dans cette région à cheval sur trois cantons «où la communication entre tous les acteurs est difficile», souligne le rapport, un changement d’approche est nécessaire. Le développement «en silo» doit notamment être abandonné, pour passer à une vision inclusive – holistique – qui réunirait l’ensemble des acteurs concernés. Non plus au niveau cantonal ou communal, mais au niveau régional.

La Confédération doit désormais agir. Mais si l’impulsion ne vient pas du terrain, rien ne sera fait.

Peter Thomet, président de l’association suisse Pro Agricultura

Outre cet appel un peu rituel au décloisonnement, de très gros investissements sont indispensables, prévient l’ingénieur. Nouveaux réseaux d’irrigation, aplanissement des sols à grande échelle et même, alors que les 150 ans de la deuxième viennent tout juste d’être célébrés, une troisième correction des eaux du Jura. Première prévision budgétaire: environ 1 milliard de francs.

«C’est conséquent, admet Peter Thomet, mais nous n’avons que deux régions agricoles stratégiques en Suisse. Celle de la région des Trois-Lacs, située entre les cantons de Vaud, Berne, Fribourg et Neuchâtel, et celle, proche du lac de Constance, qui se répartit entre la Thurgovie, l’Argovie, Zurich et Schaffhouse. Or, dit l’ingénieur, selon les votations de septembre dernier sur la sécurité alimentaire, le Conseil fédéral doit désormais favoriser une agriculture indigène moderne et adaptée aux conditions climatiques.» Et la sécheresse induite par la canicule de 2018 prouve que c’est encore loin d’être le cas, met-il en évidence. «La Confédération doit désormais agir, milite-t-il, et vite. Mais si l’impulsion ne vient pas du terrain, rien ne sera fait.» Pour obtenir des résultats, une mobilisation sans précédent est en préparation.

«Cela n’a jamais été fait de voir aussi large»

«En Suisse, on est parfois un peu timide, plaisante Markus Ith, président du Grand Conseil fribourgeois. Mais dans ce cas, nous avons pensé qu’il fallait réunir beaucoup de gens pour bénéficier d’un large soutien et lancer un grand projet.»

Séduit par les idées de Peter Thomet, le politicien PLR a pris la direction d’un comité dont font aussi partie, notamment, les présidents du Grand Conseil bernois, Jürg Iseli, et du Grand Conseil vaudois, Rémy Jaquier, qui vise à promouvoir l’idée de l’ingénieur.

Pour mobiliser les foules et, espèrent-ils, décrocher un financement fédéral, un grand raout a été organisé le 16 novembre prochain à Morat. Plus de 600 personnes y seront conviées, dont 230 présidents de commune, plus de 130 députés cantonaux, une vingtaine de parlementaires fédéraux et plus d’une centaine de représentants d’administrations fédérales et cantonales, de l’économie ou encore d’ONG de protection de la nature. «Cela n’a encore jamais été fait de voir aussi large», se félicite le radical.

Sensibiliser et convaincre

Le but de cette «Landsgemeinde»: sensibiliser et convaincre tous les acteurs concernés de la nécessité impérative de travailler ensemble. Pour le bien de la région et, au-delà, pour celui de l’approvisionnement alimentaire indigène suisse. Des représentants des cantons agraires alémaniques, qui ont beaucoup souffert de la sécheresse cet été, devraient également être de la partie. En espérant une convergence des intérêts avec la région agricole du lac de Constance. «Nous prévoyons ensuite de lancer des opérations politiques, déclare Markus Ith. Au niveau cantonal tout d’abord, puis au niveau fédéral.»

Les milieux agricoles seraient déjà emballés. Dans une zone qui abrite le plus grand marais lacustre de Suisse, la Grande Cariçaie, il sera toutefois plus compliqué de convaincre les milieux écologistes, indique le politicien. Qui a du flair. Contacté, Pro Natura a en effet indiqué «ne pas être au courant de tous les éléments du projet mais, dans l’état actuel des choses, se prononcer contre».

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