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© LAURENT GILLIERON/Keystone

Campagne No Billag

Pour ou contre la SSR, la bataille du financement fait rage 

Avant la votation du 4 mars, les deux camps annoncent de bons résultats de leur récolte de fonds. Les montants exacts à disposition des parties et leur provenance demeurent toutefois mystérieux

L’objectif de 100'000 francs que le comité d’initiative «No Billag» visait par le financement participatif en ligne a été atteint dès le 6 décembre, un mois jour pour jour après le début de la collecte. En si bon chemin, le comité de campagne s’est fixé une nouvelle cible: 160 000 francs.

«Chaque franc supplémentaire permettra à David de battre Goliath», encouragent les initiants, qui n’en continuent pas moins de souligner leurs «moyens limités» face au «mammouth» que représentent la SSR et ses défenseurs. L’initiative s’affirme pourtant chaque jour, portée par de jeunes politiciens omniprésents sur les réseaux sociaux.

Lire aussi: Doris Leuthard lance la campagne contre «No Billag»

Les défenseurs de «Goliath» affûtent eux aussi leur campagne. Porté par Opération Libero, le crowdfunding (financement participatif) a également sa place chez les gardiens du service public. Le jeune mouvement libéral né au lendemain du 9 février 2014 a récolté un montant record de 455 000 francs en deux semaines. Lancé quelques jours après son concurrent, le 10 décembre, il vient affronter les initiants sur leur pré carré informatique. A quoi ressemblera la campagne financière «No Billag»?

«Motiver la nouvelle génération»

Pour les initiants, les choses n’avaient pas très bien commencé. Trois jours après le lancement de «la plus grande campagne de crowdfunding politique de l’histoire Suisse», alors que les dons atteignaient déjà 11 500 francs, c’est la douche froide. Wemakeit, portail qui permet de soumettre un projet au financement des internautes, décide de mettre un terme à la récolte des No Billag. «Nous considérons la direction extrême prise par la campagne comme politiquement dangereuse et ne désirons en aucun cas lui offrir une plateforme», explique alors l’entreprise, qui procède aux remboursements de tous les donateurs. 

Mais l’espoir des initiants renaît rapidement en la personne de Sandro Wächter, un membre de l'UDC argovien, qui reprend la récolte sur une page de sa société informatique 48 heures plus tard. Largement relayée par les médias, l’éviction des initiants par Wemakeit crée le buzz, et «No Billag» double en 24 heures le montant préalablement récolté.

Lire aussi: Wemakeit met un terme à la récolte de fonds pour «No Billag»

Alors que la récolte a désormais dépassé les 140'000 francs, Nicolas Jutzet, le président du comité d’initiative «No Billag» en Suisse romande, se déclare «ravi». «Depuis le début, nous avons ressenti un fort élan populaire derrière notre initiative, déclare ce Neuchâtelois de 22 ans. Le succès de la campagne est assez remarquable si l’on considère que contrairement à nos adversaires, qui peuvent compter sur le soutien financier de ceux qui profitent actuellement des revenus de la redevance, notre public n’a pas d’intérêt direct à nous soutenir.»

L’argent sera dépensé pour du «matériel de campagne», explique le jeune politicien PLR, qui précise que l'effort de communication principal continuera d’être axé sur les réseaux sociaux: «Il s’agit de motiver la nouvelle génération à aller voter, celle qui voit par sa façon de consommer que le système actuel est dépassé, et qui trouve là une occasion rare de s’engager pour une cause qui lui parle.»

Lire aussi: Pas découragés, les «No Billag» relancent leur quête de fonds sur le Net

«455 000 francs de dons, ça montre bien que les gens sont soucieux»

Mais la cause ne parle pas à tous les jeunes de la même façon. Doctorante en droit à l’Université de Zurich et coprésidente d’Opération Libero, Laura Zimmermann, 26 ans, s’oppose à «l’attaque de «No Billag» contre la démocratie».

Le succès important du financement participatif – plus de 3000 dons ont permis de réunir près de 455 000 francs en deux semaines – a «beaucoup surpris» le mouvement, confie-t-elle. L’objectif initial, 285 000 francs, c’est-à-dire autant qu’il avait été récolté par Opération Libero pour combattre l’initiative «Pour le renvoi effectif des étrangers criminels», a été réuni en une semaine. «Cela montre bien que les gens sont soucieux», explique Laura Zimmermann.

Le montant sera investi en «affiches, flyers, vidéos promotionnelles, et dans des pubs dans 20 minutes (une première page y coûte près de 165 000 francs)». Le mouvement se repose uniquement sur cette levée de fonds, affirme la jeune femme, qui indique que la campagne se fait «sans coordination» avec d’autres mouvements alliés. «Il est bon qu’il y ait différents acteurs», fait-elle valoir.

Lire aussi: «No Billag»: à qui profiterait le crime?

Chargée de mener la campagne pour le compte du comité interparti contre «No Billag», Béatrice Wertli partage cette vision. «Je trouve ennuyeux qu’on nous demande tout le temps combien d’argent on dépense», s’agace la secrétaire générale du PDC. Le budget tourne autour de 30'000 francs, informe-t-elle, toutefois «là n’est pas la question».

«C’est la mobilisation du réseau qui prime, martèle la démocrate-chrétienne. Notre tâche principale est de convaincre d’autres groupes de se ranger à nos côtés. Si l’Union suisse des paysans nous soutient, c’est inestimable et beaucoup plus efficace! Beaucoup d’associations feront ensuite elles-mêmes campagne.» L’objectif est d’«activer» tous les milieux concernés, souligne celle qui admet travailler «jour et nuit depuis trois semaines».

Lire aussi: Les jeunes visages de droite de «No Billag»

Des forces en présence au-delà des contributeurs déclarés

Qui finance ces campagnes participatives? Du côté des initiants, Nicolas Jutzet avoue «ne pas disposer de l’information». Laura Zimmermann semble en savoir un peu plus, toutefois les chiffres ne seront rendus publics «qu’une fois la campagne terminée». Quant à Béatrice Wertli, elle insiste surtout sur la mobilisation de l'électorat, «les derniers exemples de votations ayant démontré que ce n’est pas toujours l’argent qui permet de l’emporter».

Selon les informations à disposition, David (No Billag) semble pour le moment accuser un retard certain sur Goliath (la SSR) du point de vue financier. L’UDC, dont la personnalité la plus connue, Christoph Blocher, compte parmi les premières fortunes de Suisse, semble seule en mesure d'inverser la tendance. A moins que le crowdfunding et ses dynamiques inattendues nous réservent de nouvelles surprises début 2018. 

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