Justice

La contre-attaque de Dominique Giroud

L’encaveur a porté plainte contre le détective privé et le journaliste de la RTS qui a bénéficié des fuites. La confrontation entre les prévenus s’annonce laborieuse

La contre-attaque de Dominique Giroud

Genève L’encaveur a porté plainte contre le détective et le journaliste de la RTS

«Je ne voulais me fâcher avec personne.» C’est ainsi que le détective privé a justifié jeudi son double jeu consistant à traquer les fuites pouvant nuire à un Dominique Giroud gagné par l’anxiété tout en remettant lui-même des documents sensibles à un journaliste de la RTS dépeint comme particulièrement «pressant». Une explication qui a fait sourire les participants à la confrontation tant attendue entre les quatre prévenus du dossier. Les avocats, qui espéraient pouvoir faire le tour de cette affaire de piratage en une journée et obtenir ainsi la libération rapide de leurs clients, devront sans doute déchanter. Les choses avancent lentement.

L’exercice a débuté calmement. Il faut dire que l’interrogatoire croisé a d’abord été axé sur les relations entre les protagonistes de cette affaire hors du commun. Tout un programme. A la mi-journée, le thème central – soit le hacking des ordinateurs des deux journalistes du Temps et de la RTS – n’avait pas encore été abordé. «On en est à l’apéritif», précisait Me Saskia Ditisheim, l’avocate du détective privé.

Plainte de l’encaveur

Ce chapitre complexe se divise en plusieurs groupes. Il y a les liens déjà anciens unissant Dominique Giroud et l’agent du Service de renseignement de la Confédération (SRC). Il y a aussi l’association trouble de cet agent avec le détective privé et leur assemblage avec le hacker potentiel. Il y a enfin une autre relation qui s’est invitée à ce débat en faisant l’effet d’une petite bombe. Celle formée par le détective et le journaliste de la RTS.

En apprenant par la procédure la trahison du détective engagé par ses soins, Dominique Giroud a immédiatement réagi. Marc Comina, intronisé tout récemment conseiller en communication du vigneron, confirme le dépôt d’une plainte pénale, déjà évoquée par plusieurs médias, pour escroquerie et abus de confiance. Il précise encore: «Cette plainte vise le détective mais aussi le journaliste de la RTS. Il n’est pas anodin et habituel d’avoir une transmission aussi systématique et importante de données. Cette relation assez inédite entre un informateur et un professionnel des médias mérite assurément une clarification. Ce d’autant plus que le journaliste en question n’a pas pu être entendu par la police au début de cette affaire car il ne s’est pas présenté à la convocation et n’a fourni aucune excuse.»

«Jusqu’au-boutisme»

De son côté, Me Jamil Soussi, conseil de la RTS, qualifie cette plainte, «si elle existe vraiment», de contre-feu. «Je comprends que Dominique Giroud soit vexé et déçu par le comportement de ce détective mais je ne comprends pas le reproche formulé à l’égard d’Yves Steiner, qui n’a fait que son travail de journaliste. Cette démarche traduit une approche jusqu’au-boutiste alors que Dominique Giroud ferait mieux de réfléchir à ses propres actions.» Selon Me Soussi, cette audience a permis au détective d’expliquer qu’il n’était pas la source unique d’Yves Steiner et que ce dernier connaissait parfois certaines informations avant de les recevoir de sa part. Le privé a enfin assuré n’avoir jamais touché le moindre centime pour ces fuites.

Le procureur général Olivier Jornot et la procureure Josepha Wohnrau ne sont sans doute pas au bout de leurs peines pour établir qui a fait et a pensé quoi dans ces projets de piratage. Comme le révélait jeudi le Tages-Anzeiger, une variante, apparemment abandonnée, aurait bien visé le magistrat vaudois Yvan Gillard, chargé de l’enquête sur les déboires fiscaux et vinicoles de Dominique Giroud.

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