Attendu depuis cinq mois, le contre-projet direct à l’initiative pour les glaciers est ouvert à la consultation depuis ce mercredi 2 septembre. Soumis par le Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication, il ne présente pas d’élément nouveau par rapport à la séance du 3 avril. Si l’objectif principal est le même que celui de l’initiative populaire «Pour un climat sain (initiative pour les glaciers)», soit réduire à zéro net les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050, le projet du Conseil fédéral est «moins ambitieux», résume Adèle Thorens (Les Verts/VD). La conseillère aux Etats regrette «que des mesures concrètes pour parvenir à cette réduction soient justement absentes» de ce document et considère que l’objectif devrait être atteint avant 2050.

Dans le texte – muni de 112 296 signatures – déposé le 27 septembre dernier par l’Association suisse pour la protection du climat, les initiants insistaient sur la nécessité d’inscrire dans la Constitution l’arrêt de la mise en circulation en Suisse de carburant ou de combustible fossile à partir de 2050. «Une mesure concrète» pour la Verte, mais qui a été réfutée par le Conseil fédéral estimant que, sur ce point, «l’initiative va trop loin». Le contre-projet précise que «l’armée, la police et les services de sauvetage doivent pouvoir recourir en cas de besoin à des énergies fossiles durant leurs interventions […]. La sécurité du pays ne saurait être affectée.»

«Une reconnaissance de l’urgence»

En 1994, le Petit Robert définissait le glacier comme un «champ de glace éternelle qui s’écoule très lentement». L’adjectif a dû être retiré. Les amas de glace sont devenus un symbole du dérèglement climatique. Leur fonte et leur disparition sont considérées comme une de ses conséquences visibles. C’est pourquoi l’Association suisse pour la protection du climat les a choisis comme emblème. Dans l’initiative qui porte leur nom, ils ne sont que la pointe émergée de l’iceberg. L’enjeu de l’initiative pour les glaciers «ne se limite pas à eux mais englobe la production alimentaire, la santé, la biodiversité, la production économique, ou encore la stabilité politique», écrivent les initiants sur leur site internet.

Myriam Roth, la coprésidente de l’Association suisse pour la protection du climat, se réjouit que le Conseil fédéral ait l’intention d’adopter en grande partie le texte de l’initiative sans modification. «C’est une reconnaissance de l’urgence, mais si l’interdiction d’agents énergétiques fossiles n’est pas maintenue, le risque est que nous n’atteignions pas l’objectif fixé par les Accords de Paris.» Un sentiment partagé par les Verts qui considèrent comme «illusoire de vouloir atteindre l’objectif de 1,5° C sans interdire les énergies fossiles».

Regain du débat climatique

L’autre point de désaccord concerne la situation particulière des régions de montagne et périphériques. «Moins bien desservies, elles pâtissent de conditions plus défavorables s’agissant de l’accès aux systèmes d’approvisionnement en énergie», justifie le Conseil fédéral dans un communiqué. «Nous n’avons aucune objection à ce que ces régions soient explicitement prises en compte», répond Myriam Roth. «Nous pouvons encourager les habitants de ces régions à s’équiper en véhicules zéro émission, estime Adèle Thorens. De plus, ces zones sont propices à la production d’énergies renouvelables, que ce soit par le chauffage au bois, la pose de panneaux solaires au-dessus des stratus ou l’installation d’éoliennes dans les endroits venteux.»

La consultation est ouverte jusqu’au 2 décembre. «Un pas timide de plus vers la protection de notre climat, mais c’est dès aujourd’hui qu’il faut agir, ensuite ce sera déjà trop tard», résume la Verte. Ce pas marque surtout le regain du débat climatique dans la société. Les grèves du climat reprendront ce vendredi 4 septembre, une manifestation au glacier du Trient aura lieu dimanche et la révision de la loi sur le CO2 sera présentée au Conseil des Etats lundi prochain. «Il est encore très conservateur, observe la conseillère aux Etats vaudoise. Nous avons plus que jamais besoin de la mobilisation citoyenne pour accélérer la cadence.»