Une campagne politique d'un nouveau type se prépare pour le printemps prochain: celle que onze cantons référendaires vont mener contre le paquet fiscal et contre la Confédération. Ces cantons vont se battre sur le terrain pour défendre des recettes fiscales que la décision des Chambres les contraint d'abandonner, avec des conséquences aussi négatives que spectaculaires contre leurs finances. Il est encore difficile de dire précisément à quoi ressemblera cette campagne, puisqu'il n'y a aucun précédent et que les préparatifs ne font que commencer. Une chose au moins est claire, si l'on se réfère à l'exemple vaudois: ce sont les contribuables qui vont la financer.

Les cantons référendaires ont prévu un budget de 2 à 2,5 millions de francs pour cette campagne, a indiqué mardi aux députés vaudois le conseiller d'Etat Pierre Chiffelle, chef du Département des institutions et des relations extérieures (DIRE). La part du canton de Vaud se monte à 250 000 francs, une somme agréée il y a quelques jours par la Commission des finances, et qui n'est pas assez élevée pour nécessiter un vote en séance plénière.

Le Valais est l'autre canton romand à s'être déjà engagé financièrement, par une décision du Conseil d'Etat portant sur un montant de 200 000 francs. Des contributions ont également été décidées par les cantons de Saint-Gall et Obwald. Des décisions semblables sont attendues prochainement de la part des sept autres référendaires: les cantons du Jura, de Bâle-Ville, Berne, Glaris, des Grisons, de Schaffhouse et de Soleure.

Selon un calendrier qui doit être confirmé par le Conseil fédéral, la votation sur le paquet fiscal doit avoir lieu en mai prochain. La campagne utilisera le même logo sur toute la Suisse, mais le matériel et l'argumentation seront adaptés à la sensibilité de chaque région, selon le conseiller d'Etat Pierre Chiffelle. Alors que les défenseurs du paquet fiscal mettront en valeur les bénéfices pour les contribuables, notamment les familles et les propriétaires, «nous thématiserons les conséquences pour les contribuables qui ne bénéficieront pas de ces allégements et pour les usagers potentiellement touchés par la diminution des recettes», précise le magistrat vaudois.

Les défenseurs du paquet fiscal, et notamment economiesuisse, mettront beaucoup de moyens en jeu, affirme Pierre Chiffelle, qui articule pour sa part le chiffre de 10 millions de francs.

Le comité d'action contre le paquet fiscal est doté d'une présidence collective dont Pierre Chiffelle (PS) est le représentant romand. Il comprend également Heinz Christen, maire de Saint-Gall et président de l'Union des villes suisses, la conseillère aux Etats bernoise Simonetta Sommaruga (PS), la conseillère d'Etat grisonne Eveline Widmer-Schlumpf (UDC) et le conseiller d'Etat tessinois Luigi Pedrazzini (PDC). Même si son canton ne s'est pas associé au référendum, ce dernier préside toutefois la Conférence des gouvernements cantonaux, une instance qui a joué un rôle majeur dans le lancement du référendum.

Le fait de faire payer la campagne aux contribuables est loin de faire l'unanimité parmi les députés du Grand Conseil vaudois. Le vote en Commission des finances (COFIN) a été serré, huit contre six. L'opposition est venue de la droite, favorable au paquet fiscal. «Il est choquant d'utiliser l'argent des contribuables pour leur dire ce qu'ils doivent voter», estime ainsi la députée libérale Claudine Amstein, directrice de la Chambre immobilière. Elle reproche également au Conseil d'Etat d'avoir faussement prétendu, lorsqu'il demandait l'autorisation de lancer le référendum, que cette décision n'aurait aucune incidence financière.

Président de la COFIN, le député radical Armand Rod est, lui aussi, favorable au paquet fiscal. Il ne refuse pas pour autant de donner au canton de Vaud des moyens pour lui permettre de faire campagne: «Du moment que le Grand Conseil a accepté, en septembre dernier, que le canton s'associe au référendum, il n'est que logique de lui donner un crédit.»

La base légale avancée pour le crédit est la nouvelle loi sur l'information, selon laquelle l'Etat informe de manière complète et objective sur son activité générale et ses objectifs. «Le débat sera biaisé si nous n'avons pas les moyens de nous défendre», conclut Pierre Chiffelle, qui assure à des contestataires goguenards ou pour le moins dubitatifs que «nous ne dirons pas au citoyen ce qu'il doit voter, nous lui dirons en toute objectivité ce qu'il doit savoir».