Les Genevois ont décidé de ménager leurs contribuables aisés. Dimanche, ils ont donc jeté aux orties les deux initiatives fiscales visant à taxer davantage les plus nantis. La première, qui exigeait la suppression du rabais d'impôts linéaire de 12% voté en 1999 par les Genevois, a été rejetée par 58,7% des citoyens. La seconde, pour l'introduction d'un impôt temporaire de solidarité à la charge des contribuables dont la fortune dépasse 1,5 million, a essuyé un échec plus cinglant encore: 64% des Genevois l'ont balayée.

Ce résultat était attendu: le contexte national actuel, où la tendance est aux baisses d'impôts, ne plaidait guère en faveur de la victoire des initiants de gauche. D'autant que la classe moyenne était elle aussi visée par la première initiative.

«Les gens ont vu le danger»

Pour le grand argentier du canton, le Vert David Hiler, c'est un soulagement. Le Conseil d'Etat de centre gauche combattait les deux initiatives: «Dans la situation financière actuelle, la première était inutile. Nous avons présenté d'excellents comptes 2006, l'exercice 2007 sera meilleur encore, et le budget 2008 est revenu à l'équilibre», argumente le ministre. Qui est encore plus satisfait du rejet de la seconde initiative: «Elle aurait eu des impacts négatifs sur les recettes fiscales du canton.»

Il faut dire que le Conseil d'Etat n'a pas vraiment eu besoin de faire campagne: la Chambre de commerce, d'industrie et des services de Genève (CCIG) s'en est amplement chargée. Ses encarts publicitaires quotidiens et sa brochure intitulée «Les Genevois paient deux fois plus d'impôts que la moyenne suisse» ont porté leurs fruits. Le directeur de la CCIG, le député radical Jacques Jeannerat, s'en réjouit: «Les gens ont bien compris le danger de ces initiatives, ils ont craint l'exil des plus fortunés. On a besoin de moyens pour financer le système social dont bénéficient les personnes aux revenus modestes.»

Directeur de la Fédération des entreprises romandes, Blaise Matthey est également «très satisfait» du résultat: «Une fois de plus, le peuple a fait preuve de sagesse.»

«La réforme de l'Etat prime»

Du côté des défenseurs des initiatives, on ne s'avoue pas vaincu pour autant. Membre d'A gauche toute!, Magali Orsini souligne que près de 40% des Genevois ont voté pour l'impôt de solidarité sur les grandes fortunes: «Vu les moyens dont nous disposions pour faire campagne, et face aux arguments mensongers de nos adversaires, nous sommes agréablement surpris.»

Pour le président des Verts, Antonio Hodgers, «les gens ne sont pas encore prêts à hausser les impôts car ils veulent donner une chance à la réforme de l'Etat qui est en cours.» Quant au Parti socialiste, il déclarait dimanche sa «déception relative» dans un communiqué. «Ce rejet n'est pas aussi massif que les détracteurs des initiatives voulaient le laisser croire. Et cela montre que la justice fiscale est encore loin d'être gagnée. Mais le combat continue.»

Car une autre lutte fiscale, fédérale cette fois, s'est engagée: le 24 février, les Suisses se prononceront sur la réforme de l'imposition des entreprises, combattue par la gauche.