Trente millions de francs au lieu de dix-huit, c'est le déficit de la Ville de Genève pour l'an prochain. «Cette augmentation du déficit est due au départ de la Banque Pictet qui a récemment déménagé à Carouge», a déclaré le conseiller administratif libéral Pierre Muller, confirmant une information du quotidien Le Courrier. «Cela entraîne une baisse des recettes fiscales», explique-t-il. «Et c'est une mauvaise nouvelle, car cette banque est un contribuable important pour nous!»

Le projet de budget présenté par la Ville à la fin août ne tenait pas compte du départ de cette banque. La faute à qui? Pierre Muller se défend d'avoir oublié cette donnée pour calculer son budget. En août, la Ville avait reçu du canton les prévisions de recettes fiscales pour l'année 2007. «L'Etat avait estimé que la Ville de Genève recevrait 495 millions de francs pour l'impôt des personnes morales et plus de 100 millions pour les personnes morales en 2007. Et dans ses chiffres, l'Etat n'avait pas pris en compte le déménagement de la Banque Pictet», accuse le magistrat.

Déménagement prévu de longue date

Le départ de cette banque était pourtant prévisible, car la commune et le canton connaissaient depuis un certain temps la volonté de cette société de quitter la place. «A l'époque, lorsque la banque avait annoncé son départ, j'avais déjà prévenu de la perte fiscale que cela entraînerait», indique Pierre Muller. «J'avais calculé que cela aboutirait à une perte de 15 millions.» Le canton et la commune avaient provoqué ce départ en refusant à la Banque Pictet d'agrandir ses locaux sur le site Artamis à la Coulouvrenière.

Pourquoi ne pas avoir pris en compte ce chiffre dans le projet de budget? «Lorsque je reçois les estimations du canton, je n'ai pas le détail, indique Pierre Muller. Le canton avait oublié d'intégrer ce départ à ses chiffres.»

Le magistrat déclare encore avoir reçu à mi-octobre une lettre de David Hiler, conseiller d'Etat en charge des Finances. Le ministre lui aurait alors annoncé une diminution des recettes fiscales, due au départ de la Banque Pictet. «Le canton aurait dû nous avertir plus tôt!» estime Pierre Muller.

Du côté des services de David Hiler, on indique qu'une lettre est bien partie à destination des communes, mais à la mi-septembre. Un courrier qui «fournissait des évaluations qui tenaient compte des derniers mouvements des contribuables portés à notre connaissance». Mais sans référence précise à la Banque Pictet.