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Controverse sur Jean Ziegler à l’ONU

Soutenue par la Suisse, la candidature de Jean Ziegler au comité consultatif du Conseil des droits de l’homme suscite la polémique

La candidature de Jean Ziegler au comité consultatif du Conseil des droits de l’homme fait des vagues.

Présentée par la Suisse le 7 juillet dans une lettre adressée aux ambassadeurs auprès des Nations unies, la candidature du professeur et ancien conseiller national genevois (PS) a provoqué le tollé de l’ONG UN Watch, qui a dénoncé mardi le «scandale» que représente pour elle cette candidature «d’un des principaux soutiens de Mouammar Kadhafi». Sur son site, UN Watch met à la disposition des internautes une lettre type pour s’opposer à cette nomination, adressée au ministre des Affaires étrangères, Didier Burkhalter, ainsi qu’au président de la Confédération, Ueli Maurer.

Dans l’argumentaire qui accompagne son communiqué, UN Watch s’insurge contre la manière dont la Suisse officielle soutient son candidat, qui a pourtant déjà siégé au comité consultatif du Conseil des droits de l’homme entre 2008 et 2012. Citant plusieurs médias, l’organisation affirme notamment que Jean Ziegler a participé à la fondation du Prix Kadhafi des droits de l’homme en 1989 et qu’il l’a lui-même reçu en 2002. Contacté mardi, le directeur général d’UN Watch, Hillel Neuer, ne «comprend pas comment la Suisse a pu décider de présenter à nouveau Jean Ziegler». «Il a soutenu et été soutenu par des dictateurs comme Fidel Castro ou Hugo Chavez, fulmine-t-il. Il a été un fidèle soutien de Kadhafi et de son régime, il est l’outil des dictatures anti-occidentales!»

Dans son combat contre la nomination de Jean Ziegler, UN Watch peut compter sur le soutien du libéral genevois Pierre Weiss, qui a déjà écrit à Didier Burkhalter et à Ueli Maurer. «Cette candidature est une provocation. J’avais déjà demandé, il y a deux ans, qu’il démissionne de ce comité et qu’il n’y soit plus présenté. La Suisse, patrie des droits de l’homme, ne peut pas se ridiculiser de la sorte, c’est une mascarade!»

«La diffamation habituelle»

Egalement joint mardi, Jean Ziegler ne semble pas atteint outre mesure par ces critiques: «C’est la diffamation habituelle! UN Watch, c’est la droite israélienne, et Pierre Weiss est leur porte-parole. C’est son droit. Tout a commencé avec la mission que j’ai effectuée en 2002 dans les territoires palestiniens occupés, en tant que rapporteur des Nations unies pour le droit à l’alimentation. J’avais constaté de nombreuses violations, dont j’ai fait état dans mon rapport. Depuis, la droite israélienne me persécute. Lors de ma première élection au comité, en 2008, les mêmes ont lancé une campagne incroyable, disant que j’avais fondé et reçu le Prix Kadhafi, que j’étais l’ami de Castro, etc. Tout cela est totalement faux. Malgré cette campagne, j’avais d’ail­leurs été élu par 41 voix sur 47. Donc l’affaire était liquidée. Maintenant, la Suisse me représente pour que je puisse finir le travail, et la même campagne reprend contre moi. C’est lamentable, mais le combat pour les droits de l’homme demande d’avoir la peau dure.»

Soutien réitéré

Interrogé, Hillel Neuer se défend d’être motivé par les positions de Jean Ziegler sur la politique israélienne: «La question n’est pas pertinente. Si UN Watch s’engage pour une égalité de traitement à l’égard d’Israël, l’organisation est active sur toutes les questions liées aux droits de l’homme.» Quant à Pierre Weiss, il assure que «cette question est loin d’être centrale dans ce débat».

En dépit de la controverse, le Département des affaires étrangères réitère son soutien à Jean Ziegler, par la voix de son porte-parole, Jean-Marc Crevoisier: «La Suisse considère qu’il a l’expérience qu’il faut et qu’il est internationalement reconnu pour ses compétences.»

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