Les Vaudois votent le 17 mars pour élire la ou le ministre qui succédera à Pierre-Yves Maillard. A deux semaines du premier tour du scrutin, force est de constater que la campagne a pris un tournant particulier. Le Parti socialiste s’appuie sur son bilan de force majoritaire au gouvernement et joue l’attentisme. Le candidat de droite, l’UDC Pascal Dessauges, représente le changement: il promet de réduire les coûts de la santé et du social et de diminuer la pression fiscale sur les personnes physiques.

Les attaques visent moins le programme de Rebecca Ruiz que sa personne, ses origines, son précédent emploi ou celui de son mari. Des «petites promotions entre amis» au «copinage à toutes les sphères de l’administration», les critiques, tant de la gauche radicale que de la droite conservatrice, se concentrent sur les pratiques du clan lausannois du Parti socialiste. L’image que le parti renvoie avec ses arrangements est-elle de nature à nuire à la candidate?

Peut-on craindre un vote de protestation, ou de frisson, d’une partie de l’électorat de gauche qui préférera s’abstenir ou reporter ses voix sur une tierce personne? Les socialistes s’en défendent.

«Une image d’entre-soi qu’essaie de nous faire porter la droite»

«Sur les marchés, les Vaudois nous parlent des acquis sociaux, du plafonnement des primes à 10%, de la politique sociale la plus enviée du pays, répond Jessica Jaccoud, présidente de la section cantonale. Notre parti ne renvoie pas cette image d’entre-soi qu’essaie de nous faire porter la droite. Contrairement aux radicaux, au temps où ils étaient tout-puissants dans le canton de Vaud, nous sommes dans des logiques de totale transparence.»

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Jessica Jaccoud tient par exemple à rappeler que la récente nomination de Benoît Gaillard, mari de Rebecca Ruiz, à la présidence de la Compagnie générale de navigation (CGN) ne s’est pas faite par le Conseil d’Etat en la personne de Nuria Gorrite, dont il avait été auparavant le conseiller personnel, mais par le conseil d’administration de la CGN. Et que l’Etat de Vaud n’est pas l’actionnaire majoritaire de la compagnie de navigation, contrairement à ce qui a été dit.

«La mise à l’index de ces familles qui se sont constituées est l’une des tonalités de la campagne qui montre paradoxalement le peu d’enjeu que les forces en présence ont à se mettre sous la dent, décrypte le politologue René Knusel. Il est difficile d’attaquer le bilan de Pierre-Yves Maillard, même Pascal Dessauges le trouve bon bien qu’il le trouve cher, et Rebecca Ruiz s’inscrit dans la continuité du ministre sortant. Elle tend à créditer un équilibre qui a fait ses preuves, en conséquence, c’est sur sa personnalité qu’on jette le discrédit.»

Une politique de mixité volontariste

La critique du «copinage» ou de la politique en couple chez les socialistes est une récurrence à chaque élection vaudoise. «C’est facile, rétorque Pierre-Yves Maillard. La politique a été réservée pendant des décennies aux seuls hommes de plus de 50 ans, surtout à droite. De son côté, par une politique volontariste, le Parti socialiste vaudois a su rajeunir ses forces et favoriser la mixité, cela crée naturellement des liens affectifs et amicaux. Ce débat sur les couples est insensé, puisque c’est le peuple qui décide des élus. C’est un angle qui permet d’éviter aux adversaires d’aborder les sujets de fond.» Pascal Dessauges est en effet fier d’annoncer que sa femme n’a jamais été active politiquement. «Elle est secrétaire chez un courtier en assurances. Elle a toujours dit qu’il n’y avait de la place que pour un seul mandat politique dans le couple!»

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Mais la crainte existe que le Parti socialiste représente désormais une forme d’élite au pouvoir de plus en plus éloignée de la classe ouvrière et qu’il y ait des conséquences. «Cela pourrait amener à de l’abstention chez les électeurs à sensibilité de gauche, ou au report de voix au centre ou à l’extrême gauche au premier tour, estime René Knusel. Au second tour, on imagine le report des voix de gauche sur Rebecca Ruiz et l’éclatement de celles du centre.»

La principale visée regrette les méthodes utilisées dans cette campagne, «inhabituelles pour le canton de Vaud, qui semblent importées de Zurich». Son précédent emploi accordé par l’autre ministre socialiste Anne-Catherine Lyon lui vaut des propos diffamatoires collés sur ses affiches un peu partout dans le canton. «Je m’attendais à ce qu’on parle de politique», se désole Rebecca Ruiz. Le véritable enjeu est pour elle d’éviter au gouvernement vaudois un basculement de majorité.