Le juriste du Département tessinois de l'éducation arrêté jeudi, A. Z., pourrait être le «corbeau» dont les lettres anonymes dénonçaient depuis des années la présence suspecte du présumé chef mafieux Gerardo Cuomo au Tessin. Jeudi encore, le Ministère public a arrêté l'avocat F. M., qui recourait en 1997 contre la décision cantonale de renvoyer Gerardo Cuomo. Les deux personnes incarcérées se connaissent, leur arrestation simultanée ne doit rien au hasard.

Dans quel but?

Si le ministère reste bouche cousue, se bornant à confirmer un lien entre ces développements et le «Ticinogate», la presse locale de vendredi donne plus de détails. A. Z. est loin d'être un inconnu: ex-président de la Jeunesse radicale et d'une association d'employés d'Etat, il a travaillé à l'administration des contributions avant d'occuper son poste actuel au Département de l'instruction. C'est ainsi qu'il aurait pu bénéficier d'informations privilégiées sur la présence de Cuomo au Tessin et arroser la justice et les politiciens de ses demi-révélations.

La grande question est: dans quel but? Le communiqué annonçant son arrestation précise que les soupçons portent sur l'escroquerie, l'extorsion, des dénonciations calomnieuses ainsi que l'atteinte à l'honneur et la violation du devoir de fonctions. Cette liste laisse supposer que A. Z. aurait profité de ses informations pour interférer sur les décisions concernant le «parrain» italien, voire exercer un discret chantage. Le Corriere del Ticino croit savoir que A. Z. a joué un rôle actif dans la procédure, mais ce ne sont à ce stade que des suppositions.

Autre interrogation de taille: y a-t-il un ou plusieurs «corbeaux»? Sur ce plan, le «Ticinogate» vire au véritable western. De mystérieuses lettres tournant autour de cette affaire circulent depuis 1995, certaines complètement anonymes, d'autres signées d'un faux nom tessinois. Leur auteur justifiait sa discrétion en affirmant être menacé de représailles maquillées en accident de voiture. La justice a fait analyser les missives et pense qu'elles ont été écrites par une – ou plusieurs – personne(s) d'éducation supérieure et bien informée(s).

Au début de cette semaine, en publiant son enquête interne sur les péripéties qui ont permis à Cuomo de rester quatre ans au Tessin alors qu'il était recherché comme criminel dangereux en Italie, le Conseil d'Etat a révélé qu'un fonctionnaire venait de remettre aux enquêteurs une autre lettre de dénonciation anonyme qu'il gardait sous le coude depuis… mai 1993.

Oui à une commission d'enquête

Les premiers interrogatoires de F. M. et A. Z. menés hier permettront peut-être d'en savoir plus. Quant au juge Franco Verda, accusé de corruption passive et de violation répétée du secret de fonction, il a admis jeudi au Corriere del Ticino avoir «commis des erreurs» dans ses relations d'amitié avec Gerado Cuomo mais nie avoir reçu de l'argent. Libéré jeudi après quatre semaines de détention préventive, le juge reste en clinique.

Enfin, le bureau du Grand Conseil tessinois a donné vendredi son feu vert à la création d'une commission d'enquête parlementaire – déjà approuvée par les quatre partis gouvernementaux – sur le «Ticinogate».

J.-C. P.