Le Conseil fédéral a choisi mercredi de donner un signe dans la crise de la vache folle. Un signe adressé plus aux producteurs frappés de plein fouet par la chute des cours qu'aux consommateurs qui attendaient une décision à propos de la systématisation des tests de dépistage de l'ESB. En dégageant 7 millions de francs pour l'achat de bovins, la Confédération va décharger le marché de 700 à 800 tonnes de viande. Faisant d'une pierre deux coups, elle répondra ainsi à la dernière demande d'aide alimentaire adressée à Berne par la Corée du Nord. Cette viande, de qualité irréprochable et issue d'animaux qui viennent d'être abattus, assure le Département fédéral de l'économie, sera mise à la disposition de la Direction du développement et de la coopération (DDC), responsable de la logistique et de la distribution sur place. Le Conseil fédéral a également décidé mercredi de dégager 2 millions de francs pour une campagne d'information destinée à «rétablir la confiance des consommateurs à l'égard du bœuf suisse et des mesures prises par la Confédération». Il ne s'agira pas de faire de la propagande, mais de donner uniquement des faits, assure Pascal Couchepin. Cette campagne sera ciblée en particulier sur les milieux de la gastronomie, par lesquels passe la moitié de la viande consommée.

Promesse tenue

Le ministre de l'Economie tient ainsi la promesse qu'il avait faite à la fin de l'année dernière, en réponse à une interpellation du radical vaudois Yves Guisan, d'intervenir le moment venu. Ces mesures d'allégement du marché surviennent dans un climat particulièrement tendu. La Société Vaud-Genève des producteurs de bétail a lancé cette semaine une action de choc destinée à frapper l'opinion. Elle a acheté plusieurs animaux qui seront incinérés directement, pour bien montrer qu'il ne vaut même plus la peine d'essayer de les vendre au consommateur, vu les prix dérisoires offerts sur le marché.

Le consommateur, quant à lui, attendait plutôt la généralisation des tests de dépistage. Le Conseil fédéral refuse toutefois de s'engager sur cette voie. La sécurité alimentaire, argumente Pascal Couchepin, est garantie par l'élimination des organes à risques. Des tests effectués sur les animaux abattus ne sont pas destinés à assurer que la viande est saine, puisque les prions sont de toute façon absents des muscles de l'animal, mais à confirmer ou à infirmer que l'épizootie est toujours présente. Si deux grandes coopératives, Migros et Coop, ont systématisé ces tests, c'est pour des pures raisons de marketing. C'est une «mesure scientifique de marketing, mais pas une mesure scientifique d'éradication de la maladie», commente Pascal Couchepin. Le ministre de l'Economie s'attend à subir des pressions supplémentaires, mais il n'entend pas prendre en charge le coût de mesures de marketing, même si celles-ci sont liées à l'ESB. Pascal Couchepin paraît d'autant plus concerné que la polémique a récemment rebondi avec la découverte d'un cas de vache folle à Martigny. Interpellé par le chef du Département valaisan de la santé, l'ancien président de la ville lui a répondu mercredi avec les mêmes arguments.

L'Office vétérinaire fédéral va encore envoyer prochainement aux producteurs une circulaire leur enjoignant d'être particulièrement attentifs aux éventuels signes de maladie affichés par les animaux et leur indiquant comment les reconnaître. Pascal Couchepin est formel, la plupart des animaux atteints d'ESB le trahissent d'une façon ou d'une autre dans leur comportement. Des poursuites pénales sont mêmes agitées à l'endroit de ceux qui auraient fait preuve de négligence en la matière. Le Département de l'économie va également proposer la création d'une instance de contrôle pour surveiller l'application de la législation au niveau cantonal.

Aux plus démunis

L'envoi de 700 à 800 tonnes de viande répond à une demande adressée par la Corée du Nord avant Noël. Ce sera la quatrième fois que la Suisse lui fera parvenir de la viande au titre de l'aide humanitaire, selon un processus rodé pour que celle-ci aille bien aux plus démunis et ne contribue pas à garnir les congélateurs de la nomenklatura. Un système de contrôle et de monitoring a été mis en place en accord avec les Coréens, précise Walter Fust, directeur de la DDC. Celle-ci est représentée sur place par un Suisse et fait appel, pour une opération de ce type, à des vétérinaires et à des logisticiens engagés dans le cadre de l'Aide en cas de catastrophe. La Confédération fournit la viande et la DDC prend sur son propre budget les frais de transports – par bateaux – et de distribution.