Les mauvaises nouvelles s’enchaînent pour la presse romande. Après Le Régional, c’est au tour de l’hebdomadaire Micro d’annoncer sa fermeture. Le jeune titre fondé en 2019 par des anciens collaborateurs du Matin avait fait le pari de vivre uniquement grâce à ses abonnés. Détaché de l’actualité, il racontait le quotidien des Romands, à travers des portraits et reportages mettant en lumière des parcours et professions atypiques. La fermeture des bistrots et autres lieux publics, où il était essentiellement lu et distribué, lui a été fatale.

Imprimé à peu d’exemplaires, en petit format, Micro était conçu pour passer de main en main, pour être lu sur un coin de table devant un café ou chez le médecin. «Outre les privés, la majorité de nos quelque 1100 abonnés étaient des tea-rooms, des restaurants, des coiffeurs ou encore des cabinets médicaux», détaille Fabien Feissli, 31 ans, journaliste et fondateur de Micro. Avec la crise du coronavirus et la fermeture des lieux publics, le journal a dû cesser sa parution le 17 mars dernier. Au moment du déconfinement, la situation s’est encore aggravée. «Comme ils ne pouvaient plus mettre de journaux à disposition dans leurs établissements, les tenanciers nous ont rapidement avertis qu’ils ne pourraient plus rester abonnés, raconte le journaliste. C’est là que nous avons décidé de cesser l’aventure.»

Sentiment d’inachevé

Un crève-cœur. «C’est frustrant car on ne saura jamais jusqu’où on aurait pu aller sans la crise», confie Fabien Feissli. Lancé grâce à un financement participatif qui avait permis de réunir 125 000 francs, Micro fonctionnait avec un budget annuel de 200 000 francs environ. Doté au départ de trois éditions par semaine, le titre avait récemment réduit la voilure pour devenir hebdomadaire. A l’origine du projet: la volonté d’imposer un journal «proche des gens» dans le paysage médiatique romand. «Nous avions une règle: toujours rencontrer nos interlocuteurs en personne pour être au plus près de leur réalité», raconte Fabien Feissli. Avec la disparition du titre, le noyau dur de l’équipe, soit six personnes dont le dessinateur Ben, se retrouve au chômage. Une soixantaine de pigistes, dessinateurs et photographes indépendants sont aussi touchés. Les abonnements souscrits en 2020 au prix de 96 francs seront remboursés. Le titre a également décidé d’effectuer deux dons de 10 000 francs chacun à l’hebdomadaire satirique Vigousse et au média en ligne La Torche 2.0.

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Le dernier numéro de Micro sortira samedi. On pourra y découvrir les dessous d’une profession méconnue, ostéopathe pour animaux, mais aussi s’immerger dans le quotidien d’une équipe de bûcherons dans le canton de Fribourg et d’un ramoneur dans le Jura. Côté genevois, un reportage aux côtés des patients qui subissent des dialyses est au programme. Un échantillon de «l’esprit Micro», curieux et humain.

Manque de soutien

Au moment de tirer un trait sur Micro, un sentiment d’amertume subsiste chez Fabien Feissli, comme chez une part grandissante de la profession. «Année après année, le paysage médiatique se rétrécit, la diversité de tons, de styles et de points de vue diminue, des régions entières sont délaissées, regrette Fabien Feissli. Il y a de quoi être inquiet pour l’avenir de la presse romande.» Dans l’aventure Micro, le journaliste pointe le manque de soutien politique. «Aucun canton ne s’est abonné, contrairement aux villes et communes qui ont souvent joué le jeu», relève-t-il. Déplorant la disparition du titre, le syndicat des médias Syndicom estime pour sa part que «l’aide à la presse ne peut plus attendre». Fin avril, le Conseil fédéral a annoncé un train de mesures de 60 millions de francs, dont les modalités de distribution restent encore floues. «Plus largement, c’est tout le modèle de financement de la presse qui doit être repensé afin de garantir des revenus au secteur très affaibli par la crise», estime pour sa part le syndicat Impressum. 

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