Retrouver la vie quotidienne d’avant le coronavirus tout en évitant une deuxième vague de pandémie: tel est le défi qu’entend désormais relever le Conseil fédéral dès le 27 avril prochain, et cela en trois étapes. Lors de la première, il compte rouvrir les cabinets médicaux, les salons de coiffure, de même que les magasins de bricolage et de fleurs. Dès le 11 mai, si l’évolution de la situation le permet, ce sera au tour de l’école obligatoire et des autres magasins. Quant aux écoles professionnelles et du secondaire II ainsi que les hautes écoles, elles devront encore attendre jusqu’au 8 juin pour retrouver un enseignement présentiel. C’est aussi à partir de cette date que devraient rouvrir les musées et bibliothèques.

«Nous avons de bonnes nouvelles», a souligné la présidente de la Confédération, Simonetta Sommaruga, en ouvrant une conférence de presse une fois de plus suivie par plusieurs centaines de milliers de personnes en tenant compte de tous les vecteurs de communication. Grâce à une population responsable et disciplinée, la Suisse a atteint un premier objectif, soit celui d’aplanir la courbe des nouveaux cas de coronavirus, même si celui-ci a déjà fait plus de 1000 victimes. Même le chef de la division des maladies transmissibles de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), Daniel Koch, celui qui a parfois été qualifié «d’icône du pessimisme», est sorti de son rôle de Père la Rigueur. «L’évolution est très bonne», a-t-il déclaré.

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Eviter une rechute

Dans ce contexte favorable, le Conseil fédéral est resté malgré tout très prudent. «Il s’agit d’éviter une rechute», a prévenu Simonetta Sommaruga. Très vite, elle a douché les espoirs de toutes celles et ceux qui rêvaient déjà de participer à des fêtes de quartier et d’organiser un barbecue entre amis dans leur jardin avec le retour des beaux jours. Dans l’immédiat, c’est exclu. Le Conseil fédéral maintient la principale mesure du droit d’urgence, soit l’interdiction de tout rassemblement de cinq personnes dans l’espace public. La consigne «restez à la maison» reste valable.

Le gouvernement entame donc une stratégie de sortie de crise en restant axé sur sa priorité absolue: la santé publique. Ce n’est pas un hasard s’il assouplit d’abord les restrictions appliquées aux hôpitaux et aux cabinets médicaux, qui avaient été sommés par ordonnance de se délester de tous les traitements et interventions non urgents. Ceux-ci peuvent reprendre une activité normale.


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«Il y avait un risque de deuxième crise sanitaire», relève Brigitte Crottaz, médecin et conseillère nationale (PS/VD). «Une stratégie nuancée et progressive de déconfinement», salue aussi Philippe Eggimann, président de la Société médicale de la Suisse romande. Le ton est tout aussi positif chez Daniel Walch, le directeur du Groupement hospitalier de l’Ouest lémanique (GHOL). De peur d’encombrer les urgences de l’hôpital, un homme qui s’était fracturé la hanche ne s’y est rendu que quatre jours plus tard! «Les patients attendaient trop longtemps à domicile et des interventions qui auraient dû être simples sont devenues critiques», témoigne Daniel Walch.

L’aveu d’Alain Berset

Cela dit, beaucoup de questions sont restées sans réponse dans cette stratégie des trois étapes. Les magasins et salons qui rouvriront dans dix jours sont ceux dont les activités n’impliquent que peu de contacts directs et qui n’occasionnent pas de flux important de personnes. Mais ils ne pourront le faire qu’à condition de respecter un concept de mesures de sécurité. Or, celui-ci est demeuré très flou ce jeudi, notamment concernant la délicate question du port d’un masque. «Selon la branche, il s’agira d’une recommandation ou d’une obligation», se contente de dire le gouvernement.

Une chose paraît certaine. «Le Conseil fédéral n’a pas l’intention d’acheter des masques pour toute la population», a précisé le ministre de la Santé Alain Berset. «Il n’y aura donc sûrement pas d’obligation de porter un masque dans l’espace public», a-t-il ajouté. Les mauvaises langues diront que même s’il le voulait, le Conseil fédéral ne le pourrait pas. Le 15 avril, dans les stocks de la pharmacie de l’armée, il n’y avait que 21 millions de masques hygiéniques (à trois plis) et 2 millions de masques ultra-filtrants (FFP2 et FFP3) destinés au personnel médical. Or, il en faudrait au moins 300 millions pour équiper toute la population. Pour la toute première fois, Alain Berset a admis que la Suisse avait été «insuffisamment préparée» sur ce plan.

Un moindre mal si aujourd’hui le Conseil fédéral réussit ce qu’il a appelé «une lente sortie du droit d’urgence», à propos de laquelle il s’est bien gardé de citer une date.