Dès le début de la crise du coronavirus, les autorités sanitaires ont mis en garde contre le danger du mélange de générations. Mais si l’ensemble des écoles ont été fermées le lundi 16 mars, il y a une catégorie de jeunes encore au front: les apprentis. «Une situation préoccupante et choquante», que dénonce vigoureusement l’ancien conseiller national socialiste Nicolas Rochat Fernandez, juriste et responsable de la section Unia Jura-Nord vaudois: «Il y a une inégalité de traitement crasse entre les étudiants, qui se retrouvent en sécurité à la maison, et les apprentis, dont beaucoup sont aujourd’hui à leur poste de travail, prenant des risques pour leur santé et celle des autres.»

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«Au syndicat, nous recevons énormément d’appels de parents d’apprentis très inquiets, souligne Nicolas Rochat Fernandez. Certains jeunes travaillent dans des ateliers où les mesures de sécurité ne sont pas respectées, se retrouvent entassés à plusieurs dans des camionnettes, ou sont en contact avec des clients.» Pour le socialiste, seuls les apprentis travaillant dans des secteurs d’activité essentiels, au sein d’entreprises où les normes d’hygiène sont respectées, devraient être gardés sur le lieu de travail.

Groupe de travail au niveau suisse

A Fribourg, le chef du Service cantonal de la formation professionnelle, Christophe Nydegger, également président de la Conférence suisse des offices de la formation professionnelle (CSFP), reconnaît recevoir de nombreux coups de téléphone de parents d’apprentis. Mais il assure que ces jeunes ne sont pas oubliés. «Au début de la crise, nous avons créé un groupe de travail réunissant des représentants des cantons, des syndicats, du patronat et de la Confédération, explique le Fribourgeois. Nous avons une séance chaque jour pour parler des différents problèmes.»

Le Conseil fédéral s’est également penché sur le sort des apprentis. Vendredi, Guy Parmelin a dénoncé les entreprises qui commençaient à licencier leurs apprentis et a annoncé l’accès au chômage partiel pour ces derniers afin d’éviter d’en arriver à des renvois.

Mais Christophe Nydegger reconnaît une certaine inégalité, y compris entre les jeunes en formation professionnelle: «Les apprentis coiffeurs, par exemple, sont à la maison vu que les salons de coiffure sont fermés, alors que ceux œuvrant dans le commerce de détail sont toujours au travail.» Ne pourrait-on pas renvoyer tous ces jeunes chez eux? Une mesure compliquée selon le Fribourgeois, certains secteurs ayant un impératif besoin de leurs apprentis pour faire face à la hausse de l’activité, en particulier dans les domaines de la santé, du social ou de l’alimentation.

Responsabilité de l’employeur

Le chef de service rappelle que, selon la loi, les apprentis sont considérés comme des employés comme les autres. «En signant un contrat, ils sont entrés dans le monde du travail», note Christophe Nydegger, qui en appelle à la responsabilité des employeurs d’assurer leur sécurité: «Les entreprises formatrices sont tenues de garantir les mesures de protection préconisées par l’Office fédéral de la santé publique pour les apprentis également. Si elles ne sont pas en mesure de le faire, les apprentis doivent être renvoyés chez eux.»

Au Centre patronal vaudois, à Paudex, le discours au sujet des jeunes en formation est également ferme. «Qu’un apprenti se retrouve assis avec plusieurs collègues dans une camionnette est inadmissible, insiste Baptiste Müller, responsable de la section de la formation professionnelle. Nous invitons chaque patron à faire une pesée d’intérêts avant de faire venir travailler leurs apprentis: leur présence est-elle indispensable? Peut-on assurer leur sécurité, notamment les distances de sécurité?» Le Centre patronal demande également que, chaque fois que cela est possible, les apprentis puissent télétravailler.

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Baptiste Müller tient enfin à rappeler une évidence: les apprentis ne doivent pas être réquisitionnés durant leur journée de cours. «Celle-ci doit être uniquement dédiée à leur formation théorique», relève Baptiste Müller, en admettant que des exceptions puissent être accordées dans les milieux médicaux. Les semaines passant, la question des examens commence également à se poser de manière accrue. «L’objectif est que les apprentis de dernière année [ils sont 70 000 en Suisse] puissent terminer leur formation cet été malgré les conditions difficiles», explique Christophe Nydegger.

Recrutement entravé

Le président de la CSFP estime qu’il faut maintenir le niveau des examens, pour éviter que les CFC délivrés en 2020 soient «au rabais» et qu’ils valent moins que ceux des autres années. «Nous réfléchissons à des solutions. Il faudra probablement reporter certains examens dans le courant de l’été.» Tout cela en évitant un chevauchement avec l’année scolaire 2020-2021, ce qui poserait d’énormes problèmes d’organisation.

Les défis posés par la crise du coronavirus sont multiples. Ainsi, à plus long terme, Christophe Nydegger craint une chute du nombre de places d’apprentissage. «Les procédures de recrutement et de sélection sont aujourd’hui complètement entravées», s’inquiète le Fribourgeois.