Elle est éducatrice spécialisée dans le domaine de la santé, il est étudiant infirmier: ils sont confinés. Testée positive au coronavirus en milieu de semaine dernière, Chloé vit depuis plusieurs jours dans sa chambre alors que, également à l’isolement en raison des «contacts étroits avec une personne infectée» – mais contraint de se tenir à distance de sa compagne –, Robin s’est installé un lit de camp dans le salon. Tous deux à la maison, mais chacun dans son espace. Et celui-ci est plutôt restreint: une pièce à vivre, une chambre (d’habitude partagée), une petite cuisine et une salle de bains. De la première alerte à l’organisation d’une complexe cohabitation: le témoignage d’un couple lausannois résilient.

«Positif»

«J’ai commencé à avoir mal à la tête au travail mercredi dernier», raconte Chloé. Le virus fait déjà la une de tous les médias, mais la Suisse fonctionne encore plutôt normalement. Sans s’inquiéter particulièrement, mais pour éviter tout risque, la jeune femme, qui travaille quotidiennement avec des enfants vulnérables, demande à son employeur de faire de l’administratif pour le reste de la journée. De retour chez elle, elle ne s’alarme pas trop. Toutefois, son état empire et sa température augmente: 38,6°C au milieu de la nuit. Elle informe alors son patron de la situation – nous sommes jeudi matin. Pas trop inquiet, ce dernier lui demande de rester à la maison et d’appeler son médecin le lendemain. Cependant, Chloé veut en avoir le cœur net au plus vite. Elle a passé une partie de la journée avec des enfants sujets à des problèmes respiratoires et craint de leur avoir transmis le virus.

Un rapide «coronacheck» en ligne lui confirme qu’elle devrait passer un test. «Toutes les hotlines étaient surchargées, mais nous avons fini par en atteindre une qui nous a recommandé de passer par mon médecin de famille», dit Chloé. Mais ce dernier ne fait pas de tests. Le couple joint alors la permanence du Flon, complètement débordée. «Une dame assez énervée nous a dit que beaucoup de gens venaient se faire examiner pour rien et qu’ils avaient travaillé jusqu’à minuit le jour d’avant. J’ai répété que j’étais une professionnelle de la santé.» La jeune femme finit par obtenir un rendez-vous le jour même dans un centre lausannois et, un frottis nasal plus tard, elle rentre chez elle avec l’instruction de s’isoler. Elle ne le sait pas encore, mais l’exercice va durer. Un appel matinal claquemure Chloé et Robin chez eux: le test est positif.

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«On vit chacun de notre côté»

Débute alors une période de vie particulièrement étrange, à la fois calme et frénétique: «Les deux premiers jours, il a fallu s’organiser, témoigne Robin. S’informer des dernières directives, préparer l’isolement sans disposer du matériel nécessaire ni pouvoir aller l’acheter soi-même.» Un ami leur apporte des masques – périmés – «mais c’est mieux que rien». Selon les consignes de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), il faudrait les changer plusieurs fois par jour, ce qui est bien entendu impossible. Famille et amis fournissent aussi du désinfectant et, bien sûr, de la nourriture (qu’ils laissent sur le palier). Certains voisins aident aussi, d’autres ne connaissent pas la situation. «Et maintenant, on vit chacun de notre côté, raconte placidement Chloé. Au début, on criait pour s’entendre à travers le mur, puis on s’est mis à s’écrire des messages et parfois on se parle aussi un peu, entre ma fenêtre et son balcon.» Quid de l’utilisation de la salle de bains? «Je porte un masque pour y aller, j’essaie de toucher le moins de choses possible en dehors des poignées de porte et je désinfecte tout avec de l’eau de Javel une fois que j’ai terminé», dit Chloé.

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Puisqu’il est le seul à avoir accès à la cuisine, la responsabilité de faire à manger échoit à Robin, qui dépose les plats destinés à Chloé devant sa porte. Et sinon, chacun s’occupe. «Je fais un peu de musique, je lis, je regarde des films», dit Robin. Chloé – dont les symptômes sont sous contrôle – essaie de se reposer après plusieurs jours occupés à répondre aux messages de soutien. Et tous deux attendent. Selon les consignes de l’OFSP du 14 mars, Robin espérait pouvoir retourner à la vie «normale» ce mardi, après les cinq jours de confinement prescrits par le document (cette prescription est d’ailleurs toujours l’unique indication en ligne). Un appel à la hotline destinée aux professionnels de la santé a toutefois douché ses espoirs ce lundi: l’étudiant infirmier en stage devra rester chez lui aussi longtemps que sa compagne: dix jours. Jusqu’à samedi. A condition que ni l’un ni l’autre ne présentent de symptômes à ce moment-là. «Le risque serait que je contracte la maladie ces prochains jours, commente Robin avec une certaine appréhension. Ce qui rajouterait encore dix jours dans l’appartement… Heureusement qu’il y a internet!» Si tout se passe bien, tous deux devraient ensuite pouvoir retourner dans «l’espace public» – ainsi que le formulent les consignes de l’OFSP. Depuis le début de leur isolement, celui-ci s’est toutefois considérablement réduit.

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