On l'appelle Littoral Parc. Ce n'est pas une attraction aquatique avec toboggans multicolores. Ni un incubateur d'entreprises high tech. C'est le nom de la zone d'activités commerciales et industrielles qui s'étend, sur 117 hectares, sur quatre communes de La Côte vaudoise, Saint-Prex, Etoy, Allaman et Aubonne. Plus d'un automobiliste ou d'un consommateur la connaissent sans le savoir grâce à ses deux plus grosses implantations, les magasins de meubles Ikea et Pfister.

Littoral Parc existe depuis 1994 déjà, mais, voici trois ans, cette zone industrielle intercommunale a pris du galon. C'est désormais l'un des sites sur lesquels le canton de Vaud applique sa politique des «pôles de développement» économique. Une politique de mise à disposition de terrains équipés, dont le lancement, en 1996, avait suscité de nombreuses réserves. Mandatée par le canton pour faire le point après trois ans, la société genevoise Evaluanda n'en dissimule pas les difficultés de démarrage, même si elle la tient pour pertinente. A quoi donc servent les pôles de développement?

Suscitée avant la crise par un manque de terrains immédiatement disponibles, la politique des pôles a dispersé pas moins de 19 sites sur le territoire du canton, pour qu'il y en ait pour tout le monde. Ce saupoudrage a été légèrement rectifié par la suite par la désignation de cinq sites «hautement stratégiques», les autres n'étant que stratégiques tout court. Un crédit cadre de 100 millions de francs avait été voté par le Grand Conseil pour équiper et promouvoir une surface totale de mille hectares.

14 millions sur les 100 prévus ont été alloués

Trois ans plus tard, seuls 14 millions ont été alloués. Les crédits disponibles permettent de subventionner à 60% les études d'aménagement, à 30% les réalisations lorsqu'elles deviennent nécessaires. Depuis que les crédits ont été votés par le Grand Conseil, Littoral Parc en a profité à deux occasions principales. Une somme de 228 000 francs a été payée pour améliorer la traversée de Saint-Prex, en vue d'une charge de trafic supplémentaire. 71 000 francs ont été accordés pour étudier la «voie urbaine» du pôle, ainsi qu'a été rebaptisé le tronçon de la route cantonale qui le traverse et qui devrait un jour lui servir de vitrine.

Au volant de sa camionnette, Michel Roulet, arboriculteur, syndic d'Etoy et président de l'organisme de gestion du pôle, l'un des trois seuls qui se soient déjà constitués dans le canton, étend le bras vers des champs entre l'autoroute et le rail. Il y a là 25 hectares de terrain disponible pour de nouvelles activités. Son grand sujet de satisfaction, c'est l'implantation toute récente du siège administratif européen de l'entreprise métallurgique américaine Ucar (56 emplois). De quoi diversifier enfin un pôle dont le profil est resté essentiellement commercial. On attend la prochaine arrivée d'un centre de brico-jardinage, et des rumeurs évoquent celle d'une nouvelle firme de meubles, encore une.

La zone n'a pas que des terrains vides à construire, mais aussi des bâtiments à reconvertir. Les vastes halles de l'entreprise de transports CET (Friderici) ont été louées provisoirement comme dépôt et il y a encore dans le périmètre un vaste ensemble de locaux construits avant la crise et qui n'a jamais été occupé. L'une des recommandations que les experts d'Evaluanda font pour la suite de la politique cantonale est justement d'étendre le soutien public à la revalorisation de friches industrielles (voir encadré) .

Littoral Parc offre aujourd'hui quelque mille emplois, pour un potentiel triple au moins. Que dire du volet promotion de la politique cantonale, qui doit en principe faire pendant à celui de l'aménagement du territoire ? Le visiteur ne peut que constater que le pôle n'a aucune identité visible, que le nom de Littoral Parc ne figure que sur les cartes. La moue de Michel Roulet est éloquente: «Ce rôle est clairement celui du canton, du reste il n'y a pas d'organisme économique régional dans le district.» Mais dans ce domaine, «le canton se cherche». La plaquette recensant tous les terrains disponibles est toujours en cours d'élaboration. C'est grâce aux conseillers fiscaux d'un cabinet américain que l'entreprise Ucar a été amenée à Etoy. Quant à la société médicale Edwards Lifesciences, qui vient d'installer un siège social européen dans le région, elle n'est pas dans la périmètre du pôle. Finalement, sourit le président de l'organisme de gestion, le redressement de la conjoncture fera toujours plus pour l'essor de Littoral Parc que la politique officielle.