Après le départ d'Adolf Ogi, il y a une place à prendre, pour un représentant du Conseil fédéral, dans le paysage politico-médiatique. Nul ne remplacera l'optimiste de Kandersteg, sa chaleur humaine, son contact avec le peuple et ses discours inimitables. Mais, dans un tout autre registre et dans un tout autre style, Pascal Couchepin est en train d'occuper une partie du terrain. Si Moritz Leuenberger sort, à la faveur de son année présidentielle, d'une réserve où le scepticisme paraît le disputer à la timidité, le radical valaisan est en train de se ciseler son image d'homme fort du Conseil fédéral, raisonnable, pragmatique, imperméable aux idéologies comme aux émotions.

Alors que le président de la Confédération affrontera vendredi Christoph Blocher lors de la traditionnelle réunion de l'UDC zurichoise à l'Albisguetli, c'est le Valaisan qui était l'hôte, mardi soir à Zurich, du Business Talk organisé par le magazine Bilanz, pour croiser le fer avec ce même Christoph Blocher sur le thème de l'avenir de nos relations avec l'Europe. David de Pury, remplacé par le syndicaliste André Daguet, aurait dû leur donner la réplique et sa hauteur de vues a cruellement manqué à cette soirée. Pascal Couchepin et Christoph Blocher se sont colletés avec une courtoise énergie mais sans jamais élever le débat très haut, et en tout cas sans aborder sa dimension historique et philosophique. Le genre est certes très différent, aucun des débatteurs n'avait mardi à délivrer un discours, mais la comparaison sera néanmoins instructive avec le duel de vendredi à l'Albisguetli.

L'exercice n'a pas démontré que le froid rationalisme est l'arme miracle contre Christoph Blocher, mais Pascal Couchepin s'est bien tiré d'affaire, compte tenu du fait que l'assistance – fort nombreuse, l'affiche avait fait recette – était par nature plutôt favorable à Christoph Blocher. Ce dernier pourra sans nul doute compter sur l'économie zurichoise, le 4 mars, pour repousser une initiative qui semble malgré tout l'inquiéter quelque peu.

L'exemple de Singapour

Si Pascal Couchepin affirme et réaffirme que l'enjeu de la votation est uniquement l'ouverture immédiate ou non des négociations avec Bruxelles, Christoph Blocher rétorque avec non moins d'obstination qu'on votera le 4 mars pour ou contre l'adhésion à l'Union européenne. Sans se départir de son calme, le premier a repris le second à plusieurs reprises à propos des effets d'une adhésion sur l'économie ou sur les droits populaires, où les prévisions de Christoph Blocher sont plus prophétiques que spéculatives. Le Valaisan considère que notre intérêt nous poussera peut-être, dans dix ou vingt ans, à admettre que nous serons plus forts au sein d'un ensemble comme l'UE qu'en restant tout seuls. Pour le Zurichois, la seule question qui compte est de savoir si les citoyens seront plus libres et la réponse ne fait pour lui aucun doute. Peu lui importe également, sur un point tout à fait concret, que la Suisse adopte déjà depuis plusieurs années les sanctions internationales décrétées par l'UE. Ce qui compte est de savoir si on lui délègue oui ou non la compétence de les prendre.

Une question venue de la salle s'est révélée très éclairante sur le modèle idéal de l'assistance. Pourquoi la Suisse ne suivrait-elle pas l'exemple de Singapour, un modèle de réussite économique «gut, sauber, korrekt und offen»? La démocratie directe à Singapour, objectera Pascal Couchepin, n'est pas vraiment un modèle.