cartographie

Couleurs à la carte

Les cartes topographiques nationales à l’échelle 1:25 000 passent à la couleur. C’est une petite révolution pour l’office fédéral qui les publie

à la carte

Les cartes 1:25 000 de Swisstopo, qui font partie de l’ADN du pays, sont désormais enrichies d’éléments colorés. Routes, voies ferrées, frontières cantonales sont plus visibles. C’est une petite révolution dans la cartographe nationale

A Wabern, dans les locaux de Swisstopo, l’excitation était à son comble ces derniers jours. On mettait la dernière main à ce qu’Olaf Forte, responsable de la cartographie, qualifie de «révolution». Les cartes 1:25 000, qui sont la référence de très nombreux marcheurs, randonneurs, cyclistes et militaires, entrent dans l’ère de la couleur et du tout numérique, emboîtant ainsi le pas de leurs grandes sœurs tirées aux échelles 1:50 000 et ­1:100 000.

Les quatre premières feuilles réalisées selon les nouvelles technologies sont sorties de presse. Selon le tournus de mise à jour, qui prévoit qu’une carte est actualisée en moyenne tous les six ans, c’est la région d’Olten qui est la première à bénéficier de cette importante modernisation. Les feuilles Hauenstein (1088), Aarau (1089), Murgenthal (1108) et Schöftland (1109) ont été mises en vente jeudi, le prix de référence restant fixé à 14 francs.

Un deuxième groupe, couvrant la région de Willisau (BE/LU) et composé des feuilles Langenthal (1128), Sursee (1129), Sumiswald (1148) et Wolhusen (1149), suivra à la fin du mois. Puis ce sera le tour de Zurich.

Constitutive de l’ADN de ce pays, la carte 1:25 000 est la plus grande échelle de la série des publications topographiques nationales. Elle est la plus riche en détails, mais elle est restée grisâtre. Fractionnée en 247 feuilles numérotées de 1011 à 1374 – dont la création s’est échelonnée de 1952 à 1979 –, elle était jusqu’à maintenant pauvre en teintes: les blancs, noirs et gris de base étaient tout juste agrémentés de zones vertes (les forêts), bleues (les cours d’eau) et brunes (les courbes de niveaux). Et c’est tout.

Mais ça change. S’inspirant de ce qui se fait déjà pour les cartes 1:50 000, les routes apparaissent dans des tons différents: l’orange pour les autoroutes, le rose pour les «routes de transit importantes», le jaune pour les «routes de transit régionales». A cela s’ajoute le rouge des voies de chemin de fer, chaque gare étant indiquée nommément sur les plans.

Les frontières cantonales sont désormais indiquées en violet, de même que les limites de communes et de districts. D’autres éléments sont plus distincts: les décharges et les gravières (en brun), les immeubles dépassant 25 mètres en hauteur (un pictogramme spécial les désigne), les hôpitaux, les places de sport, les piscines. «Une carte n’est bonne que si elle est facilement lisible», résume Olaf Forte.

Par ailleurs, les caractères ont changé. L’ancienne police, qui datait des années 1930, ne répondait pas aux exigences de la nouvelle conception numérique. Elle a été abandonnée au profit d’une police typiquement suisse nommée Frutiger, qui offre une meilleure lisibilité en lettres droites comme en italiques. Afin d’alléger la présentation générale, le cadre noir qui entourait chaque feuille a été supprimé. En revanche, la représentation des rochers et des reliefs, avec les fameuses ombres qui ont fait la réputation de la cartographie fédérale, est reprise telle quelle.

La décision de relooker les cartes 1:25 000 est le fruit d’un long processus marqué par la concurrence des nouveaux supports de localisation mobiles, comme le GPS, Google Maps et diverses applications pour smartphones. Swisstopo ne pouvait pas rester les bras ballants face à cette évolution, même si ses produits imprimés sont toujours très populaires et appréciés.

Vers la fin des années 1990, un premier groupe de travail, réunissant des experts de la maison, de l’Institut de cartographie de l’EPFZ et de l’Institut de géographie de l’Université de Zurich, a mené diverses réflexions visant à moderniser le graphisme. Un plan d’optimisation des mises à jour a été initié en 2003. Des échantillons ont été élaborés dans différentes exécutions. Un appel d’offres a été lancé, afin de pouvoir s’appuyer sur des partenaires externes. Au terme d’une longue gestation, un prototype de la carte Aarau a été imprimé et mis en consultation auprès de 650 personnes ciblées. Leurs remarques ont permis d’affiner le produit, qui a été mis en vente jeudi.

La cure de rajeunissement inclut un autre changement. Par le passé, rappelle Olaf Forte, les modifications étaient saisies manuellement et c’est la carte nationale imprimée qui servait de référence aux déploiements numériques proposés par Swisstopo. Cette époque est révolue.

Les données sont récoltées sous forme numérique par Swisstopo ou auprès de partenaires (les cantons, les CFF), et rassemblées dans une banque de géodonnées qui constitue la base des cartes nationales imprimées et des produits proposés sous forme digitale. Le rôle du cartographe se concentre désormais sur des opérations complexes ne pouvant être traitées automatiquement par ordinateur, précise Olaf Forte.

Le nouveau système est nettement plus flexible. Des corrections peuvent être faites très rapidement si certains choix se révèlent peu judicieux. Cela pourrait être le cas du rose des «routes de transit importantes» et du rouge des voies ferrées, que l’on peut parfois confondre. Il n’est pas exclu que des remarques soient faites à ce sujet. Ce ne serait pas un problème, car une couleur peut être modifiée d’un simple clic de souris, tout comme la représentation d’une forêt ou d’une rivière.

Il sera aussi plus aisé de relier les contenus aux données de tiers, comme des heures d’ouverture ou des informations touristiques. «Avec ces cartes, nous entrons dans une nouvelle ère. Cette étape est pour nous un saut de géant. C’est un peu comme l’introduction d’innovations telles que l’airbag ou le régulateur automatique de vitesse sur une voiture», commente Olaf Forte.

Seul bémol: la Suisse romande devra se montrer patiente. Les feuilles couvrant l’ouest du pays ne seront pas enrichies des mêmes ajouts et couleurs que la région argovienne avant quelques années. «C’est un peu le fait du hasard», se désole Olaf Forte. C’est la faute du tournus. Mis à jour en 2010, les blocs Saint-Cergue et Genève seront les premiers à passer à la couleur, d’ici à 2016. Les autres régions romandes, et notamment l’Arc jurassien, dont les feuilles ont été actualisées l’an dernier, devront sans doute attendre la prochaine mise à jour, prévue vers 2018. «Nous n’avons pas les ressources nécessaires pour aller plus vite», regrette le responsable.

Les feuilles couvrantla Suisse romande, qui viennent d’être misesà jour, ne seront adaptées qu’entre2016 et 2018

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