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Dans les coulisses du Sechseläuten

La bourgeoisie défile lundi à Zurich avec ses «hôtes d’honneur». Filippo Leutenegger se remet de son humiliation. Tandis que les femmes font scandale

Dans les coulisses du Sechseläuten

Tradition La bourgeoisie défile lundi à Zurich avec ses «hôtes d’honneur»

Le PLR Filippo Leutenegger, qui a été écarté d’une corporation, prend sa revanche. Tandis que les femmes font «scandale»

Lundi sera jour de parade pour le gratin économique et politique de Zurich. Des dizaines de milliers de spectateurs regarderont défiler – aux sons des tambours et des sabots des chevaux – le directeur de Raiffeisen, le patron d’UBS, le président du directoire de la Banque nationale suisse, le nouveau chef d’economiesuisse, un conseiller fédéral, la maire de Zurich, les conseillers d’Etat du canton et les principaux responsables militaires et médiatiques du pays. Revêtus de chapeaux, de capes ou même de costumes traditionnels du Moyen Age, ils participeront au célèbre cortège du Sechseläuten à travers le centre-ville de la capitale économique. Même la Fête fédérale de lutte n’attire pas autant de Promis helvétiques.

Les personnalités ont été soigneusement choisies par les 26 Zünfte, les corporations qui organisent l’événement et défilent en costumes traditionnels. Et elles ne se font pas prier. «Le défilé avait réuni quatre conseillers fédéraux dans les années 90. C’était disproportionné pour une fête locale», glisse, amusé, le représentant d’une guilde. «Les élus ont convenu depuis de limiter leur présence à deux membres du gouvernement», ajoute-t-il.

Certaines invitations créent des remous dans les salons feutrés des maisons où se réunit la bourgeoisie zurichoise. Et attirent les sarcasmes des médias, qui scrutent scrupuleusement la liste des hôtes d’honneur.

Ainsi, le conseiller communal Filippo Leutenegger (PLR) a réussi à se remettre – partiellement – de son humiliation. Il défilera cette année, sur invitation de la corporation des Trois Rois, en tant que nouveau membre de l’exécutif de la ville. Mais l’affront qu’il a subi depuis 2011 bruisse encore dans les couloirs des vénérables maisons, logées au cœur de la vieille ville. A l’époque, l’ancien conseiller national et vedette de la télévision a essayé de rejoindre la corporation historique des Couturiers. Son style un peu trop décontracté et ses antécédents politiques – il avait manifesté contre le nucléaire dans sa jeunesse – n’ont pas plu aux membres les plus conservateurs de la guilde. Sa candidature a été refusée à deux reprises. «Maintenant qu’il est devenu responsable du Département des travaux publics, ça met les corporations dans l’embarras», reconnaît notre source, qui préfère rester discrète.

Toutes les grandes familles zurichoises sont membres de ces sociétés, dont les plus anciennes datent de 1336. Malgré leur nom, les corporations des Vignerons, des Forgerons, des Cordonniers ou des Tisserands ne comptent quasiment plus aucun artisan dans leurs rangs… mais réunissent les grands avocats, médecins, banquiers et hommes d’affaires de la ville.

Plus ou moins conservatrices, le style des guildes diverge, y compris parmi les plus récentes qui portent des noms de quartiers zurichois. Certaines sont proches de l’UDC et ne manquent pas de la solliciter à chaque défilé. Le maître de la corporation des Boulangers, Christian Städeli, chef du secteur Céréales et farine chez Jowa, a convié cette année le conseiller fédéral Ueli Maurer et la conseillère nationale Natalie Rickli pour parader et manger à ses côtés. Ueli Maurer a dû annuler à la dernière minute, pour assister à une commission sur la future loi sur le renseignement. «Le conseiller fédéral est très déçu de manquer cette fête», insiste son attaché de presse.

La corporation de Witikon, la plus récente des guildes fondée en 1980, a invité quant à elle Toni Brunner, président du parti agrarien. Christoph Blocher, par contre, n’est pas au programme. Celui qui fut pendant de nombreuses années le plus populaire des invités, submergé de bouquets de fleurs et d’applaudissements pendant la parade, «a d’autres rendez-vous», justifie son bureau. Il n’est pas convié, rectifie-t-on du côté des corporations. Ce sera la troisième année que le tribun UDC ne fait plus partie des hôtes d’honneur.

«La moitié des guildes refusent d’inviter les ténors de l’UDC. Dans de larges milieux radicaux – le parti historique de la bourgeoisie zurichoise – Christoph Blocher est considéré comme un parvenu», décrypte le membre de l’une ­d’entre elles.

Cette année, le plus grand «scandale» du Sechseläuten émane de la société des Etablis (la Gesellschaft zur Constaffel), considérée comme l’une des plus sérieuses et traditionnelles des corporations. Outre le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann, le commandant des forces aériennes suisses et le président d’UBS, le maître de la guilde, Thomas Escher, a invité un groupe de femmes. Et pas n’importe lequel: le Gesellschaft zu Fraumünster.

La «société des femmes de la Cathédrale», fondée en 1989, réunit une cinquantaine de femmes d’affaires zurichoises, qui essaient depuis 25 ans de participer au Sechseläuten. Sans succès. Elles ont réussi une fois à parader avant le défilé, en traitant directement avec la Ville. Mais les 26 corporations, toutes masculines, s’opposent à leur présence. Ce rejet a été voté par la majorité des sociétés.

Faisant fi de ce «vote démocratique», Thomas Escher a convié la société des femmes à défiler avec sa guilde. Un scandale pour les sociétés historiques. L’ancien cadre d’UBS, membre du conseil d’administration de Zurich Insurance Group, s’est attiré les foudres de la bourgeoisie zurichoise. Qui promet de réagir.

Les Miss et ex-Miss suisses Dominique Rinderknecht et Christa Rigozzi paraderont aussi lundi, à l’invitation des Zünfte Wollishofen et Riesbach. Mais cette présence féminine ne semble pas gêner les illustres sociétés. Au contraire, elle serait même très appréciée.

L’ancien cadre d’UBS s’est attiré les foudres de la bourgeoisie zurichoise en invitant les femmes à parader

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