Gisèle Ory voulait déboulonner Jean-Pierre Authier de la tête du conseil d’administration d’Hôpital neuchâtelois (HNe). Elle est parvenue à ses fins. La ministre socialiste de la Santé a présenté hier les sept membres du conseil pour la législature 2009-2013. Son ancien président n’a pas été reconduit dans ses fonctions, comme cinq autres membres de l’ancienne équipe. Seule Elisabeth Hirsch-Durett, ancienne cheffe du Service cantonal de la santé publique, a été maintenue à son poste afin «d’assurer la continuité».

Le nouveau conseil d’administration sera présidé par Claudia Moreno, spécialiste des ressources humaines et directrice de la société de conseil Lineac, basée à La Chaux-de-Fonds. Elle n’est membre d’aucun parti, comme les six autres membres du conseil. A noter la présence de trois femmes, contre une seule lors de la précédente législature.

Dépolitisation

Ces nominations marquent une rupture avec la politisation que connaissait l’ancien conseil. Outre Jean-Pierre Authier (PLR) et le vice-président François Borel (PS), les conseillers communaux (exécutif) de Neuchâtel Daniel Perdrizat (Solidarités) et de La Chaux-de-Fonds Jean-Pierre Veya (POP) ont passé à la trappe. «Cela s’inscrit dans la volonté nouvelle du Conseil d’Etat de séparer le politique et l’opérationnel», souligne Gisèle Ory.

Visiblement ravie de la tournure prise par les événements, la magistrate chaux-de-fonnière espère que ce coup de balai va permettre «de rétablir la confiance» au sein de HNe. Elle précise que la décision a été prise «de manière unanime» par le Conseil d’Etat, lequel «n’a pas eu de divergence» dans ce dossier.

L’important retard pris dans la nomination du conseil d’administration de HNe démontre le contraire. Depuis le début de l’année, les membres du Conseil d’Etat ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur le maintien ou non de Jean-Pierre Authier dans ses fonctions. La sérénité du débat a été polluée par l’opposition, en coulisses, entre le PLR et le PS des Montagnes, soutenu par ses partenaires de gauche et l’UDC. Le premier a pris publiquement position pour «son» président. Les seconds, appuyés plus ou moins ouvertement par Gisèle Ory, n’ont eu de cesse de demander sa tête, évoquant des incursions «sur le terrain politique» et sa volonté de «démanteler l’hôpital de La Chaux-de-Fonds».

Jean-Pierre Authier a toujours réfuté ces critiques. Joint hier par Le Temps, il s’est dit «surpris» par l’ampleur du remaniement. Il espère que cela ne va «pas freiner le processus de transformation du système de santé cantonal». D’un point de vue personnel, il ne cache pas une certaine amertume. «Mais au moins une décision est prise. Il était insupportable de vivre dans cette situation de totale incertitude.»

De son propre aveu «peu expérimentée» dans le domaine médical, Claudia Moreno entend privilégier «la collaboration et le dialogue». Le nouveau conseil d’administration aura la lourde charge de «mettre en musique», selon l’expression de Gisèle Ory, la répartition des missions entre les sites de Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds. La décision, elle, sera du ressort du pouvoir politique. Une fois les options prises par le Conseil d’Etat, le Grand Conseil sera appelé à se prononcer, a priori «avant la fin du semestre».