En reprenant la direction du Nouvelliste il y a dix jours, Antonin Gross savait qu'il débarquait dans une maison en feu. Mais savait-il seulement que le brasier avait atteint tous les étages? Y compris celui de la rédaction.

Dix jours après l'éviction du directeur Jean-Yves Bonvin suite à des conflits avec le conseil d'administration de Rhône Média (LT du 29.10.08), et son remplacement par l'ancien secrétaire général d'Edipresse, un nouveau malaise filtre au quotidien valaisan. Il se lit notamment dans un courrier nerveux adressé la semaine dernière par le comité de la société des rédacteurs (SDR) au patron de la rédaction, Jean-François Fournier, et qui circule sur Internet.

Guerre des clans

Parmi la cascade de griefs adressés au rédacteur en chef: un évident «virage à droite dans la ligne politique du journal», depuis qu'il s'est assis dans le fauteuil du boss en juillet 2007. Après que Jean Bonnard, rappelons-le, eut fait les frais de son indépendance rédactionnelle dans un titre toujours gangrené par des guerres de clans.

Ce «virage à droite» se traduit aujourd'hui dans le «choix des sujets, les éditoriaux, les campagnes politiques», estime la SDR qui dit relayer le ras-le-bol général des journalistes dont une majorité comprend mal, aussi, la mainmise systématique, par le noyau unanime de la rédaction en chef, sur certains sujets «délicats», soit à tendance politique.

Dans ses tâches quotidiennes, Jean-François Fournier, fine plume un rien nombriliste, est entouré de deux adjoints fidèles. Vincent Pellegrini, éditorialiste catholique conservateur. Et Jean-Yves Gabbud, ancien député PDC au Grand Conseil qui a connu une ascension fulgurante au sein du journal.

Alors, où est passé le pluralisme du Nouvelliste de François Dayer ou de Jean Bonnard? «Il est bien là», répond Jean-François Fournier, dans son fauteuil de metteur en scène.

Centre droit pluraliste

«Le journal est de centre droit mais pluraliste. Moi-même je suis de centre droit. Dans une rédaction qui était à majorité de centre gauche, cela a pu amener quelques changements...», concède-t-il, en glissant une preuve de cette belle diversité d'opinions. «Au Nouvelliste, on peut laisser Vera Weber attaquer le développement touristique et immobilier propre au Valais ou Pierre Chiffelle faire l'apologie de l'euthanasie...»

Peu importe, selon lui, que le lecteur attentif ou d'autres exégètes endurcis au sein des partis politiques valaisans aient aussi cru diagnostiquer les preuves d'un coup de barre à droite durant la campagne au Conseil d'Etat pour mars 2009 notamment. Les angoisses formulées par l'équipe rédactionnelle - «qui ne sont de loin pas partagées par tout le monde», jure le rédacteur en chef - seraient davantage liées au climat tendu qui règne dans la presse en général.

Plusieurs départs

Il n'empêche, en moins d'un an, quatre journalistes ont successivement quitté ou annoncé leur départ du journal, invoquant leur mésentente cordiale avec la rédaction en chef. Cela n'inquiète pas Jean-François Fournier: «J'admire les gens qui ne partagent pas la ligne du rédacteur en chef et qui décident d'aller exercer ailleurs... Même si les éditos leur étaient ouverts ici...»

Antonin Gross, qui a accepté la fonction d'administrateur-délégué avec pleins pouvoirs de direction un peu dans l'urgence, se retrouve forcément désemparé devant ce grand désordre. Hier, il n'était pas au courant du contenu du courrier adressé au rédacteur en chef qui rencontrera aujourd'hui les journalistes.