Revue de presse

Le coup de chance qui a permis l’arrestation de deux terroristes présumés

L’arrestation de deux syriens soupçonnés de terrorisme fait les gros titres de la presse dominicale. Elle s’interroge aussi sur le rôle des négociants suisses dans la distribution du pétrole de l’Etat Islamique.

Le Matin Dimanche explique comment une «simple crevaison a permis d’arrêter les deux terroristes présumés». Selon l'hebdomadaire, c’est parce que leur Renault Scenic immatriculée en Vendée est resté longuement immobilisée sur le bas-côté que les gendarmes ont contrôlé les deux syriens arrêtés ce vendredi dans les environs de Genève. Un employé qui leur a vendu un pneu neuf, décrit un interlocuteur au «visage fermé, froid» : «Je ne lui aurais pas confié mes enfants». Le comportement et la personnalité des deux hommes ont poussé les policiers a procéder à un contrôle accru qui a duré presque trois heures. Il leur a permis de déceler des traces d’explosifs dans le véhicule. La police française est elle intervenue dans un hôtel bon marché de Saint-Cergues, à quelques kilomètres de la frontière, où les deux terroristes présumés ont passé la nuit.

Désormais en prison, les deux syriens sont poursuivis par le Ministère public de la Confédération pour «soupçons de fabriquer, dissimuler et transporter des explosifs ou des gaz toxiques», ainsi que pour soupçons d’appartenance au groupe Etat islamique ou Al-Quaida. Ils n’ont pas de liens directs avec les quatre personnes recherchées depuis mercredi et qui sont à l’origine du relèvement du niveau de vigilance de la police genevoise. Leur signalement avait été transmis par les autorités américaines.

Les genevois ne se laissent pas intimider

Malgré les indices concordants d’une menace terroriste, «Genève se montre tranquillement démonstrative» pour la NZZ am Sonntag, qui décrit trois jours de fête de l’Escalade sous haute surveillance. 100 policier français ont renforcé les contrôles à la frontière pour permettre à la police genevoise de concentrer ses efforts sur la sécurité en ville. La Sonntagszeitung relève elle aussi que «le peuple genevois ne veut pas se laisser intimider».

Dans les colonnes du même journal le ministre de la sécurité Pierre Maudet défend la manière dont Genève a répondu à la menace terroriste. Il répond aussi aux critiques du Ministère public de la Confédération, qui lui reprochait d’avoir agi sans véritablement communiquer, et d’avoir laissé filtrer dans la presse la photo des quatre personnes recherchées. Pour lui, «ce n’est pas sérieux». Il explique avoir bénéficié de l’autorisation du MPC pour prendre les mesures adéquates, et diffuser un communiqué de presse dont le contenu a été validé. «Pour rechercher les suspects, l'image doit être transférée aux policiers, ce qui augmente le risque qu'il y ait une fuite dans la presse» plaide-t-il encore. Il s’en prend aussi à l’administration fédérale, dont il attend toujours des gardes-frontières supplémentaires et une véritable stratégie.

Pour le rédacteur en chef de la Sonnatgszeitung Arthur Rutishauser, «il est temps qu’à Berne, les politiciens se réveillent». La NZZ am Sonntag, elle, se fait du souci pour les synagogues, les associations et les écoles juives en Suisse. Un groupe de travail estime que le pays doit investir rapidement dans la protection des Juifs.

Le pétrole de l'Etat islamique passe peut-être par la Suisse

Les journaux dominicaux ont aussi enquêté sur les traders suisses, qui pourraient favoriser l’enrichissement de l’Etat islamique. Le pétrole syrien «arrive jusqu’aux stations-services suisses» pour la Sonntagszeitung, et «embarrasse les négociants genevois» pour Le Matin dimanche. Des documents montrent que plusieurs grands groupes helvétiques exportent des barils depuis le port de Ceyhan en Turquie, un pays soupçonné de faciliter le transit du pétrole de l’Etat islamique. Plusieurs experts consultés estiment que le marché suisse peut être concerné, parce que «les négociants ne sont pas tenus de s’assurer l’origine du pétrole qu’ils achètent» ou parce que «certaines méthodes de raffinage rendent le traçage impossible». Les sociétés de négoce, elles, assurent que le fuel qu’elles financent n'a aucun lien avec la Syrie, et qu’elle connaissent parfaitement l’origine de leurs produits.

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