Transports

Coup d’accélérateur pour la mobilité électrique

Juste avant de passer le témoin, Doris Leuthard signe avec une cinquantaine partenaires privés et publics une feuille de route pour promouvoir les véhicules électriques. Patron de Green Motion, François Randin est l’un de ces partenaires

Pour sa dernière apparition publique dans son habit de conseillère fédérale, Doris Leuthard a signé mardi à Berne la feuille de route sur la mobilité électrique 2022. Une cinquantaine d’entreprises privées et de collectivités publiques sont partenaires de ce plan d’action, dont l’ambition est de faire passer la part des véhicules électriques rechargeables (100% électriques et hybrides rechargeables) de 2,8 à 15% d’ici à 2022. La signature de la feuille de route s’est déroulée dans un lieu symbolique: un ancien dépôt de trams de Berne, qui a été en activité de 1901 à 2011. La Poste, les CFF, Alpiq, ABB, Bouygues, Tesla, les cantons, les villes, les communes et bien d’autres encore sont signataires de cette feuille de route.

Doris Leuthard se dit «impressionnée» par le travail qui a été effectué en quelques mois. En mai dernier, elle réunissait les acteurs de la mobilité électrique autour d’une table ronde. Huit mois plus tard, une soixantaine de mesures et d’initiatives sont réunies sous un même capot. Elles recouvrent trois axes de réflexion: le développement du marché des véhicules, la mise en place d’un réseau national de recharge des batteries et des conditions-cadres incitatives. «Ces mesures suffiront-elles à atteindre 15% en 2022? Je n’en sais rien. Mais si on ne fixe aucun objectif, on est sûr de ne jamais l’atteindre», commente Doris Leuthard.

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Essence plus chère

La branche est elle-même motivée à modifier le parc automobile national. «Le développement de l’électromobilité permettra d’éviter aux automobilistes certaines charges futures», résume Peter Götschi, président du TCS, partenaire de cette stratégie. Il fait allusion au fait que l’imposition des carburants va augmenter. Un supplément de 4 centimes est d’ores et déjà prévu pour financer le Fonds pour les routes nationales et le trafic d’agglomération (Forta).

Dans le cadre de la loi sur le CO2, les nouvelles règles prévues pour compenser les émissions de gaz à effet de serre des véhicules neufs vont renchérir le litre d’essence et de diesel. De combien? Le Conseil national avait opté pour 8 centimes, mais comme il a fini par rejeter la nouvelle loi sur le CO2, tout est ouvert. On parle désormais de 8 à 12 centimes. Cette compensation est liée à l’abaissement de la valeur cible moyenne de 130 grammes de CO2 par kilomètre à 95 grammes à partir de 2020.

La volonté de constituer sur le territoire national un maillage serré de bornes de recharge des véhicules électriques est partagée par de nombreux acteurs. La Confédération a lancé un appel d’offres pour en installer sur les aires de repos des autoroutes, dont elle a la responsabilité. Une centaine d’emplacements se prêtent à un tel équipement, estime l’Office fédéral des routes (Ofrou). Ces stations s’ajouteraient aux 24 dont sont déjà dotées les aires de ravitaillement autoroutier, dont les cantons sont responsables.

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Des points d'alimentation dans les immeubles

Mais cela ne suffit pas. «Il faut aussi offrir la possibilité aux gens de recharger leur voiture chez eux», plaide François Randin, patron de la start-up vaudoise Green Motion, qui a déjà essaimé près de 1100 bornes de chargement publiques à travers le pays. La feuille de route vise à promouvoir l’installation de points d’alimentation électrique dans les immeubles neufs. Associée à l’opération, la Société des ingénieurs et des architectes (SIA) est en train d’élaborer une base normative allant dans ce sens, révèle son président, Stefan Cadosch.

François Randin espère aussi atteindre les locataires, qui ont plus de peine à opter pour un véhicule à propulsion électrique. «Nous avons équipé quelque 2000 clients cette année. Mais seuls quelques dizaines sont des locataires. Or, le rythme de renouvellement des bâtiments est lent en Suisse, où il n’existe pas de droit à la prise contrairement à la loi française», regrette-t-il.

Recharger la nuit

Son idée? Mettre le réseau de bornes publiques pour lesquelles sa société a obtenu une concession à disposition afin que les personnes ne possédant pas une station de recharge propre puissent y raccorder leur véhicule durant la nuit. Les premières concrétisations sont prévues l’an prochain, principalement dans des centres urbains, où le taux de locataires est particulièrement élevé. L’addition de ces mesures favorisera peut-être l’essor de la mobilité électrique. «Les gens ont encore peur de choisir une voiture électrique. Il faut leur enlever cette peur. Le Salon de l’auto de Genève est l’endroit idéal pour promouvoir l’électromobilité», suggère le président d’Auto-Suisse, François Launaz, qui qualifie de «dur» l’objectif de 15% en 2022.

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