L'affectation des revenus de l'or de la BNS divise profondément le Parti radical, ce qui n'est pas pour réjouir Kaspar Villiger. Le PRD délivrera son mot d'ordre dans une semaine à Zoug. La décision s'annonce difficile. Elle risque surtout de ne pas être représentative, car le parti a rarement été aussi tourmenté à la veille d'un scrutin. «Nous sommes clairement contre l'initiative de l'UDC, qui veut affecter l'entier des réserves à l'AVS. Il est en revanche vrai qu'il y a chez nous des avis divergents à propos du contre-projet. Nous en débattrons démocratiquement lors de notre assemblée de la semaine prochaine et les délégués décideront», résume le président du parti, Gerold Bührer.

Deux positions s'affrontent, et cela depuis ce printemps. La première consiste à défendre le contre-projet et, par conséquent, la Fondation Suisse solidaire qui en constitue l'un des trois piliers. Ce camp est emmené par la cheffe du groupe parlementaire, Christine Beerli, coprésidente du comité de soutien. On y retrouve 29 des 60 parlementaires radicaux, notamment l'ancien président du parti Franz Steinegger, et la vice-présidente, Christiane Langenberger. L'autre camp recommande le rejet à la fois de l'initiative et du contre-projet. Le comité du double non qui s'est constitué durant l'été rassemble 24 parlementaires radicaux. Ils ne sont pas tous alémaniques. Outre des personnalités telles que le sénateur appenzellois Hans-Rudolf Merz ou la conseillère nationale argovienne Christine Egerszegi, on y trouve en effet les Vaudois Charles Favre, Marcel Sandoz et Yves Guisan, ainsi que le Neuchâtelois Claude Frey.

Ce comité propose la stratégie suivante. Si l'initiative et le contre-projet sont tous les deux refusés le 22 septembre, les revenus de l'or mis en vente seront distribués en vertu de l'article 99 de la Constitution fédérale, qui définit la répartition du bénéfice annuel de la BNS: deux tiers reviendront aux cantons, le dernier tiers étant attribué à la Confédération. L'objectif est d'utiliser ce trésor aurifère pour réduire la dette. Jeudi, les Jeunes radicaux se sont alignés sur cette position. «Nous sommes d'avis que la réduction de la dette est la seule affectation raisonnable», commente Bernhard Schürch, jeune radical genevois. «De cette manière, les ressources financières qui ne devront pas être utilisées pour payer les intérêts de la dette pourront être investies dans la formation, la recherche et des projets d'envergure nationale», ajoute Daniel Helfenfinger, président des Jeunes radicaux.

Plusieurs politiciens radicaux ont changé d'avis en cours de route. Après avoir soutenu le projet de Fondation Suisse solidaire, ils ont finalement opté pour le double non. C'est le cas de Gerold Bührer. «Sans grand enthousiasme, j'avais tenté de façonner un contre-projet solide à l'initiative de l'UDC. Il y a quelques mois, il m'est apparu impératif que les cantons puissent recevoir deux tiers des revenus de l'or de la BNS. J'ai alors estimé que je ne pouvais plus soutenir le contre-projet, qui ne leur en accorde qu'un tiers», explique-t-il. Il a cependant renoncé à faire campagne pour le double non. Il ne fait pas partie du comité politique qui défend cette position. Sa présence dans ce comité serait en effet problématique, car le conseiller fédéral en charge du dossier, Kaspar Villiger, est lui-même radical. Gerold Bührer ne s'exprimera pas non plus sur la question lors de l'assemblée de Zoug.

Ce n'est pas la première fois que les radicaux partent divisés au combat. «Nous connaissons une situation de ce genre tous les deux ou trois ans, soit nettement moins souvent que le PS ou l'UDC», fait remarquer Gerold Bührer. Les derniers cas remontent à 1998 (la redevance poids lourds liée aux prestations) et 1999 (l'initiative sur la propriété du logement et l'assurance maternité). A chaque fois, une forte minorité était d'un avis différent de la majorité du parti. Dans le cas de l'or de la BNS, la ligne de fracture semble toutefois passer au beau milieu du parti, ce qui laisse l'issue de l'assemblée de Zoug très incertaine.