Quelque 150 patrons de PME romandes et alémaniques participaient jeudi à Nyon à un forum national à l’initiative de Swissexport. Le message fort délivré lors de cette journée de réflexion: l’impérieuse nécessité de résister au pessimisme, en ces temps agités et incertains. Tous les participants avaient bien sûr en tête les récentes annonces de restructuration faites par Novartis ou Kudelski, le franc fort qui pénalise l’industrie d’exportation et les menaces existentielles qui pèsent sur l’euro.

«Tous les fondamentaux sont bons. Il n’y a pas de raison de se laisser gagner par le pessimisme», a plaidé le syndic de Nyon et entrepreneur culturel Daniel Rossellat. Robin Cornelius, fondateur et président de la société Switcher, a récolté les applaudissements des participants en appelant les pouvoirs publics à investir spécialement maintenant que la conjoncture faiblit: «La Suisse ne doit pas se punir parce qu’elle est une élève zélée. Le triple A à notre bilan n’est pas pour rien dans la force du franc. Si l’on investit beaucoup et intelligemment, le franc sera aussi un peu moins fort, et tous nous en profiterons.»

Indécrottable optimiste, le patron des montres Hublot, Jean-Claude Biver, a exprimé sa confiance dans les pays de la zone euro. «Au pied du mur, les Etats sauront prendre les mesures pour se sortir de la crise. Soyons réalistes: 50% du monde est malade, mais avec de bonnes cartes à jouer pour s’en sortir. Les grands tournants se prennent généralement dans des situations dramatiques.»

Sans minimiser la restructuration décidée par Novartis qui touche sa région, Daniel Rossellat a tenu à rappeler que sa commune a créé 2000 emplois en 3 ans, et que le district de Nyon en crée 1800 par année depuis 5 ans. Ce développement solide et durable conforte son optimisme. Il en tire deux leçons pour l’avenir de la promotion économique: primo, elle doit cibler ses efforts en direction des régions périphériques, étant donné que l’arc lémanique a lui-même connu la surchauffe. Deuxièmement, il faut renoncer à offrir des avantages fiscaux aux nouvelles sociétés étrangères s’installant en Suisse. Rossellat invoque deux raisons: les avantages fiscaux occasionnent une concurrence déloyale pour les acteurs locaux, et ils privent les communes des moyens nécessaires pour accompagner le développement économique et démographique que ce modèle exogène entraîne - équipements, terrains, infrastructures scolaires, etc.

Ces trois orateurs n’ont pas manqué d’accuser le fédéralisme de freiner la coopération entre PME romandes et alémaniques. Trop de réglementations disparates créent des obstacles dissuasifs. Juste avant eux, le conseiller d’Etat vaudois Philippe Leuba, lui-même connu pour être un grand défenseur du fédéralisme, avait lancé aux patrons réunis que dans le canton de Vaud, l’Etat n’oubliait pas les PME et se soucierait de leur assurer, à l’avenir, de bonnes conditions cadre. Un crédit pour aider les PME va être débloqué.