Asile

Le coup de gueule de l'humoriste Laurent Nicolet

Un jeune requérant afghan hébergé par l'humoriste et son épouse a été débouté. Ils fustigent une décision jugée infondée

Ceci est un coup de gueule et non un coup de pub. Sur lequel on évitera tout éclairage misérabiliste auquel l’humoriste Laurent Nicolet répugnerait. Car l’homme qui fait rire, depuis quelques jours ne rit plus de tout. Le demandeur d’asile afghan dont son épouse et lui s’occupaient depuis plusieurs mois a été débouté, il doit quitter la Suisse. Une profonde injustice, selon le couple de Nyonnais.

Une histoire banale, en somme, mais c’est la sienne, et l’humoriste a épanché sa rage sur les réseaux sociaux: «Après 9 mois d'attente et d'angoisse, tout ce que mon pays arrive à répondre à ce jeune homme, c'est qu'il doit quitter la Suisse d'ici fin juin... En même temps c'est vrai qu'on a souvent envie de parcourir plus de 2'000 km en frôlant la mort à plusieurs reprises, sous le joug de passeurs sans scrupules et donc dans des conditions cauchemardesques, juste pour des questions économiques et voler le pain des Suisses!»

«Faut-il être déjà mort pour avoir une chance d’obtenir l’asile?»

Colère contre une «Suisse riche et inhumaine», colère contre l’administration fédérale qui réclame des preuves écrites des persécutions subies, alors que les risques pris pour fuir le pays sont en eux-mêmes éloquents: «Faut-il être déjà mort pour avoir une chance d’obtenir l’asile dans notre pays?» s’interroge Laurent Nicolet.

Et rien ne sert de lui rappeler les règles qui prévalent en la matière, l’humoriste n’en démord pas: leur protégé de 26 ans, qu’il héberge quatre jours par semaine et qu’il a aidé dans ses démarches administratives et financièrement, aurait dû pouvoir rester en Suisse, selon lui. D'abord parce que le jeune homme a travaillé comme traducteur pour les Américains, ce que les talibans considèrent comme une collaboration avec l’ennemi, ensuite parce qu'il appartient à l’ethnie hazara, méprisée par ces mêmes extrémistes. Et tant pis s’il n’a pas pu étayer devant les autorités bernoises les menaces et les coups dont il a été l’objet de la part des talibans. «Ce qui me choque, c’est que les talibans sont aussi considérés par Occident comme des ennemis et des barbares. Alors pourquoi ne pas protéger les Afghans qui s’y opposent?, s’interroge Laurent Nicolet. D’autant plus que Berne a reconnu qu’il avait travaillé pour les Américains.»

Retour à la case départ

Des questions qui resteront probablement sans réponse, à moins que le jeune homme ne parvienne à réunir les preuves des persécutions qui pourraient relancer son dossier. Si tel n’est pas le cas, il ne touchera plus que l’aide d’urgence en attente de son départ. Cruel destin pour «un jeune homme travailleur, qui part à 5 heures 30 le matin, se donne du mal pour apprendre le français et pourrait être une main d’oeuvre bienvenue», déplore l’humoriste.

Une situation qui fait écho à celle de son épouse, d’origine afghane elle aussi, mais que le Canada puis la Suisse ont accueillie. Pour son jeune protégé, reflet malchanceux d’un même destin, elle entrevoit déjà la fin de l’histoire: manque de perspective pour manque de perspectives, il choisira le retour à la case départ plutôt qu’une vie de paria en Suisse. A moins qu’il ne rejoigne les réseaux de soutiens vaudois, comme le collectif R, qui, hasard du calendrier, fustigeait vendredi la politique des renvois de Simonetta Sommaruga et son tacle à l’encontre du canton de Vaud, mauvais élève en la matière. Ce qui pourrait encourager Laurent Nicolet à retrouver le chemin du rire. Jaune.

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