Il est des annulations de conférence de presse qui en disent plus que tous les communiqués. Mardi après-midi, les présidents des commissions de gestion du Conseil national et du Conseil des Etats (CdG-N et CdG-E) ont renoncé à se présenter devant les médias à Berne après une bonne demi-heure de battement. Trop controversée, la discussion des commissions à propos de la suspension du nouveau système de défense sol-air 2020 (DSA/Bodluv 2020) n’a pas pu être menée à son terme.

Il aura déjà fallu plus de deux heures de débat pour que les élus entrent en matière par 17 voix contre 10 sur le rapport rédigé par leur sous-commission sur la suspension de Bodluv. Les travaux reprendront le 26 janvier. «Nous devons donner la possibilité à chacun de formuler des propositions de modifications du rapport», précise Alfred Heer (UDC/ZH), président de la CdG-N.

Intrigue politique

Décidée le 22 mars dernier par un Guy Parmelin fraîchement entré dans son costume de conseiller fédéral, la suspension du projet de défense sol-air Bodluv a viré à l’intrigue politique. L’UDC Vaudois a pris sa décision notamment suite à des révélations dans la presse, faisant état de défauts relevés lors de l’évaluation du projet de défense antiaérienne et de prix nettement supérieur aux prévisions qui étaient de 700 millions de francs. Cette suspension, désavouant le commandant des Forces aériennes, a été vécue comme un choc dans un département qui n’a pas pour habitude de voir les positions des cadres de l’armée remises en question et qui craint les reports de crédits. Dans la foulée, Guy Parmelin a ouvert une enquête administrative sur Bodluv.

Décisions trop hâtives, injustifiées, plombant le climat de confiance, menaçant l’acquisition du nouveau système de défense sol-air: les reproches ont fusé depuis lors à l’encontre du ministre de la Défense dans les cercles militaires ainsi qu’au parlement.

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C’est ainsi qu’en avril, un groupe de travail des Commissions de gestion s’est emparé de la décision du conseiller fédéral. Les conclusions de son rapport confidentiel ont fuité dans la presse dominicale. Elles seraient accablantes pour Guy Parmelin.

Adopté à l’unanimité par ses auteurs, le rapport semble aujourd’hui indisposer les Commissions de gestion, qui jouent leur crédibilité sur l’objectivité de leurs enquêtes. «Les Commissions de gestion ont une tradition: leurs rapports requièrent la plus grande adhésion possible», explique Hans Stöckli (PS/BE), le président de la CdG-E. Dans le cas présent, le sous-rapport est-il politiquement à charge contre Guy Parmelin? «Un grand nombre de modifications est demandé pour différents motifs. On peut dire que la question de fond est très controversée», répond Hans Stöckli.

Faux sur le fond, mais politiquement compréhensible

Ce rapport des commissions de gestion doit venir compléter l’enquête administrative mandatée par le DDPS, qui a débouché en septembre sur des conclusions nuancées. Elle donnait tort à Guy Parmelin sur le fond de sa décision: le projet de défense sol-air s’est déroulé de manière conforme. Ses coûts définitifs «ne pouvaient pas encore être estimés lorsque la décision a été prise de suspendre le projet». Mais elle estimait d’autre part que la suspension du projet était «politiquement compréhensible» au vu des circonstances, et du manque de transparence entourant Bodluv.