Neuchâtel

Coup de tonnerre à La Chaux-de-Fonds: l’UDC Jean-Charles Legrix est évincé

Mis à l’écart en 2013, réhabilité par la justice, l’élu Legrix est renvoyé par l’électorat, qui lui a préféré son colistier Marc Arlettaz. Autre trublion à passer à la trappe: l’ancien conseiller d’Etat Frédéric Hainard

Ce que l’exécutif à majorité de gauche de la Chaux-de-Fonds n’est pas parvenu à réaliser en 2013, le peuple l’a réalisé ce 5 juin 2016. Il a évincé le contesté conseiller communal UDC Jean-Charles Legrix. Lorsque la chancelière, après une longue attente à la Maison du peuple, a annoncé le résultat dimanche il y eut une clameur. Même «un soulagement», dit le socialiste Théo Huguenin-Elie, réélu en première position.

En sueur, seul, Jean-Charles Legrix accuse un coup qu’il n’a visiblement pas vu venir. Il tente de rester serein: «C’est une déception, mais pas une catastrophe. Je suis un démocrate, j’accepte le verdict.» Mais sa colère sort immédiatement après: «Le sale coup de la gauche a réussi. J’espère que l’auteur de l’appel à m’évincer, le magouilleur président sortant du Conseil général Daniel Musy, pourra dormir tranquille.»

Le socialiste Musy avait lancé un appel aux électeurs non UDC d’inscrire le nom du colistier de Jean-Charles Legrix sur leur bulletin. «Je ressens ce que Christoph Blocher a pu ressentir lors de son éviction du Conseil fédéral, parce qu’il dérangeait. J’ai aussi dérangé en affirmant mes convictions. Je ne regrette rien et je referais tout de la même manière.»

Jusqu’à ses prises de positions polémiques sur le nouveau musée des civilisations de l’islam et le «Tchauxlenbeek» qu’il a évoqué? «Je suis entier, je ne regrette rien.»

L’UDC n’a pourtant pas perdu son siège à l’exécutif, en maintenant ses 16,4%. Mais c’est le colistier de Jean-Charles Legrix qui est élu, Marc Arlettaz, bien dans la ligne de l’UDC mais jugé davantage consensuel et capable de dialogue. Marc Arlettaz obtient 2353 suffrages, 369 de plus que Jean-Charles Legrix. Et si Marc Arlettaz cédait son siège au sortant? «Je suis un démocrate, le peuple a voté, je n’accepterais pas de revenir», tranche Jean-Charles Legrix.

La gauche conserve les rênes

Malgré les difficultés financières, les affaires et une sensation de ras-le-bol, l’électorat chaux-de-fonnier (participation de 38%, en hausse de 7 points par rapport à 2012) a reconduit les forces en présence. La gauche reste majoritaire, comme c’est le cas depuis 104 ans. Elle perd pourtant de sa superbe et passe de 66 à 56,6%. Le PS perd 5 points de 30,3 à 25,4%. Le POP progresse de 18,6 à 20,2% et remplace le sortant qui ne présentait plus Jean-Pierre Veya par Théo Bregnard. Entrés au Conseil communal en 2012 avec Nathalie Schallenberger qui s’en va, les Verts sont les grands perdants, passant de 16,6 à 11%. Ils cèdent leur siège aux socialistes qui retrouvent leurs deux fauteuils, au sortant Théo Huguenin-Elie, brillamment reconduit avec le meilleur score de 4129 voix, et à Katia Babey qui fait son entrée.

Pourtant considérée comme en danger, la sortante PLR Sylvia Morel est réélue (le PLR obtient 18,8%), largement devant ses colistiers pourtant aux dents longues, Jean-Daniel Jeanneret et Xavier Hüther.

Jean-Charles Legrix mis à l’écart, les problèmes restent pourtant pour La Chaux-de-Fonds. «Oui, mais la ville aura une équipe rajeunie et renouvelée pour chercher des solutions, dit Katia Babey. Il faudra être créatif. C’est une bonne chose de repartir sans Jean-Charles Legrix, incapable d’avoir du respect pour la collégialité.»

«Je me réjouis de travailler avec Marc Arlettaz, renchérit diplomatiquement le président de la ville Théo Huguenin-Elie. La page de la difficulté de fonctionner est tournée.» Et de faire remarquer que l’électorat, même à l’UDC, a constaté que Jean-Charles Legrix n’était pas à la hauteur et ne travaillait pas suffisamment.

D’aucuns prévoyaient un grand coup de balai. Non seulement pour le contesté Jean-Charles Legrix, mais aussi pour les autres sortants. Il n’en a rien été. Théo Huguenin-Elie et Sylvia Morel sont aisément réélus. «Je veux lire dans ce résultat une marque de confiance dans notre capacité à entreprendre les réformes nécessaires, en balayant cette coquille de Calimero qu’on nous prête. Nous avons convaincu en dessinant un avenir positif et sans concession, en formulant des solutions crédibles, par exemple pour l’organisation hospitalière», dit encore Théo Huguenin-Elie.

Au Locle, statu quo et maintien de la majorité popiste, avec la réélection des cinq sortants, notamment du président Denis de la Reussille.


Frédéric Hainard passe lui aussi à la trappe

Les 38% de Chaux-de-fonniers qui ont voté ce dimanche ont renvoyé un autre trublion de la politique locale. L’ancien conseiller d’Etat PLR Frédéric Hainard, élu dans sa ville sous l’étiquette du Nouveau Parti libéral, n’aura siégé qu’une législature. Il est évincé du législatif avec son parti, n’obtenant que 8194 suffrages ce qui ne permet pas d’avoir un représentant.

La gauche reste certes majoritaire au Conseil général chaux-de-fonnier, mais son avance s’amenuise. Socialistes et Verts perdent chacun deux élus, le PS passe de 12 à 10 mandats, les Verts de 7 à 5. Seul le POP, à gauche, se  distingue en progressant de 7 à 8 représentants. Ainsi, la gauche perd globalement 3 sièges et n’en totalise plus que 23 sur 41.

A droite, le PLR fait une percée remarquable et décroche 10 mandats (+3). L’UDC progresse lui aussi de 6 à 7 élus. Le PDC fait son entrée sur la scène chaux-de-fonnière avec un élu. Au final, et malgré la disparition du NPL (deux sièges perdus), la droite progresse de 3 mandats, à 18.

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