Quatre ans de procédure, six ou sept juges d'instruction – on ne compte plus… –, des témoins plus ou moins crédibles, des enquêtes, des reconstitutions, des confrontations. Et aussi la démission d'une juge d'instruction, la chute d'un conseiller d'Etat, l'éjection du chef de la sûreté, une commission d'enquête parlementaire et la mutation de fonctionnaires de police. N'en jetez plus!

L'affaire Flühmann, policier intelligent et pugnace, que l'on dit mi-flic, mi-voyou, a ébranlé les institutions neuchâteloises. Si un conseiller d'Etat est tombé, il ne s'est pas blessé grièvement. Il manquait de hauteur. Et c'est le procureur Thierry Béguin, membre du même parti, qui l'a remplacé après avoir été évincé en 1993 de la course au gouvernement cantonal. Avant de s'installer au Conseil d'Etat, il avait commandé une enquête à la police fédérale pour faire la lumière sur le présumé ripou. Les inspecteurs qui l'ont menée depuis Berne étaient Neuchâtelois. Ils connaissaient l'inspecteur et, au moins, l'un d'eux voyait en lui un sérieux concurrent dans son projet de revenir occuper un poste à Neuchâtel.

Hier, il était de bon ton de blâmer la presse qui aurait donné une dimension démesurée à cette affaire. Chercher un bouc émissaire démontre le désarroi de ceux qui ne sont pas arrivés à prouver la culpabilité de Werner Flühmann malgré les moyens mis en œuvre. Quatre ans pour en arriver là. C'était le moment d'en finir. Et l'occasion d'en tirer les conséquences. En réglant une fois pour toutes les dysfonctionnements de la police de Sûreté de La Chaux-de-Fonds. Car, à première vue, rien n'est résolu.

J.-J. Ch.