La Cour des comptes scrute les salaires du «Grand Etat»

Genève La rémunération des patrons des régies publiques est conforme mais diverse

Il n’y a pas trace de «magouilles» dans les rémunérations au sein du «Grand Etat» genevois. C’est la nouvelle plutôt rassurante annoncée jeudi par la Cour des comptes, qui se garde bien de se prononcer sur la pertinence ou le niveau de ces salaires. L’organe de contrôle a surtout décortiqué les fiches de paie des hauts dirigeants des régies publiques et scruté les parts variables qui pouvaient nourrir quelques soupçons du côté de la Commission des finances. Conclusion: tout est conforme, mais il y a des disparités inexpliquées entre entités qui méritent justification.

Yoga et fitness

Ce 82e rapport de la Cour des comptes – un audit de légalité de 85 pages, assorti de 128 pages de bases légales et de chiffres – dresse pour la première fois un inventaire complet des traitements, bonus, indemnités, débours, petits cadeaux et autres prestations octroyées aux collaborateurs du petit Etat et des établissements publics autonomes.

Un travail de bénédictin qui recèle quelques perles pour les curieux, à entendre Stanislas Zuin, le magistrat rapporteur. Il y en a pour tous les goûts. Cela va du stylo gravé (une spécialité de la Fondation des parkings) aux bons cadeaux, en passant par les frais de déplacement. Ceux qui s’intéressent à la police découvriront dans ces annexes que l’assurance maladie des pandores et des gardiens de prison, prise en charge par l’Etat, a coûté 8,4 millions en 2012.

Pour les amateurs de bien-être, une salle est mise à disposition à la direction générale de la santé pour un cours de yoga durant la pause de midi. Les policiers ne sont pas en reste, un abonnement de fitness (46 000 francs) est payé aux cent membres de trois unités spécifiques. La salle de sport coûte également quelque 50 000 francs par année aux Services industriels (SIG). Sans oublier, bien sûr, le désormais célèbre carnotzet (baptisé ici «salon de réception») cher à Bernard Gruson, qui a coûté 337 000 francs, a été peu utilisé et a fini par être détruit par son successeur à la tête des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Les adeptes des bonus

Au chapitre plus sérieux des montants «lourds», la cour constate que sur les 4 milliards de francs d’éléments de rémunération versés aux membres de ces entités en 2012, 181 millions (soit 4,5%) sont des éléments distincts du salaire de base. L’Etat est proche de cette moyenne avec 3,8% et les SIG ont le taux le plus élevé avec 8%. Ce n’est donc pas en s’attaquant à ces parts variables que les députés, soucieux d’équilibrer le budget, peuvent espérer de substantielles économies.

La part des bonus et des débours est beaucoup plus importante s’agissant des cadres les plus hauts placés, surtout aux SIG, aux TPG et à Genève Aéroport, entités qui ont une réglementation autonome. Le directeur général des SIG touche ainsi un salaire de base de 253 000 francs qui passe à 377 850 francs en comptant un traitement hors classe de 30 000 francs, un bonus maximum de 70 000 francs (en fonction des objectifs fixés) et des débours fixes de 24 000. La part variable pour les cadres de Genève Aéroport est la plus élevée. Le directeur général a ainsi touché un total de 455 808 francs en 2013, dont presque 120 000 francs de bonus.

La cour a aussi tiqué sur la «part incitative» de 26 000 francs versée au directeur général des HUG et qui augmente chaque année de 7000 francs. Avec un plafond à 61 000, sans être liée à un quelconque objectif de performance autre que l’écoulement du temps.

A titre de comparaison, les fonctionnaires les mieux payés (cheffe de la police, sautier et secrétaires généraux) gagnent, indemnités comprises, au maximum 260 000 francs. Et zéro bonus, bien sûr.