De drôles de files se forment autour du collège de Chailly, dans les hauts de Lausanne. Chaque classe a sa propre entrée, afin de ne pas mélanger les élèves tenus de garder leurs distances avec les camarades des autres groupes.

«Champagne!» s’exclame une maman en riant, retrouvant deux connaissances qui déposent elles aussi leurs enfants. «Je suis tellement fatiguée que je n’appréhende pas du tout ce retour à l’école, au contraire.» Mère célibataire avec deux enfants de 5 et 2 ans, elle a dû gérer le télétravail comme elle pouvait durant ces huit dernières semaines. «Je constate qu’on n’y comprend rien à ce virus, nous devons apprendre à vivre avec. Si l’on doit reconfiner, on reconfinera, mais il faut avancer pas à pas, il n’y a pas d’autre solution.»

Reprendre le travail de manière ininterrompue

Les enfants ont reçu des consignes. Se laver les mains avant l’entrée en classe, par exemple. Amener sa gourde pour ne pas boire dans des gobelets. «Mince, j’ai oublié sa gourde», se désole la première. «Ne t’en fais pas, ils ne vont pas le laisser mourir de soif», tempère la seconde. Pour elle, mère de deux enfants de 5 et 10 ans, le retour à l’école va surtout représenter la possibilité de travailler de manière ininterrompue. Même si, après tout ce temps à la maison, ses enfants vont lui manquer.

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Un peu plus loin, dans une autre file, un papa amène ses enfants de 4 et 7 ans. Son petit dernier est resté avec son épouse, mère au foyer. «C’est surtout ma femme qui est contente de voir cette rentrée arriver! Elle est restée avec les trois enfants, alors que je me rendais tous les jours sur mon lieu de travail; mon usine continue de tourner. Je n’ai pas de souci avec la reprise, le seul que j’ai, c’est avec les médias: vous créez une panique autour de ce virus, vous manquez de sens critique et objectif.»

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A l’école primaire et en principe jusqu’au 25 mai, le retour en classe se fera à mi-temps. Dans le canton de Vaud, un demi-groupe vient le lundi, le mercredi et le vendredi. L’autre le mardi et le jeudi. La semaine prochaine, on échange. La semaine sera rognée par le congé de l’Ascension.

Trop de mélange

«C’est beaucoup d’organisation pour très peu de temps, on aurait mieux fait de repousser la rentrée de deux semaines à ce compte-là», souffle une maman de Prilly. Ses deux enfants de 7 et 5 ans, même s’ils sont dans la même école, ne sont pas dans le même demi-groupe. «Je vais essayer de les amener à l’école chaque jour, mais si c’est trop difficile, je ne les enverrai pas. Qu’ils reprennent l’école, d’accord, mais je trouve que la reprise est trop directe. Avec l’accueil parascolaire, cela fait trop de mélange en une seule fois: ils n’ont vu personnes en huit semaines! Psychologiquement, cela fait un coup. Ils ne savent pas vraiment qui ils ont le droit d’approcher, reçoivent des injonctions contradictoires et cela va les inquiéter. Si j’avais eu le choix, je ne les aurais pas remis.»

Pour la présidente de l'association vaudoise des parents d'élèves Marie-Pierre Van Mullem, ce retour progressif à l'école est un véritable bol d'air pour les enfants qui avaient besoin de retrouver leur vie sociale. «Une telle réorganisation pour une semaine et demie est extrêmement exigeante pour les établissements. On ne peut pas dire que l'école se soit ménagée. C'est un geste envers les familles, grâce à ces demi-groupes les parents sont rassurés et les enfants sont mieux accueillis». La période d'isolement a été déstabilisante pour certains enfants, il s'agit pour la présidente de leur laisser le temps de se réhabituer à la vie ensemble.

Les raisons sociales sont donc les premières qui justifient ce retour à l'école, pour l'association des parents d'élèves. Quant à la réouverture de l'accueil parascolaire en même temps, cela engendre davantage de contacts entre les enfants, mais «ce sont des choix de raison», selon Marie-Pierre Van Mullem. «Sans cela, l'organisation des parents aurait été un véritable casse-tête».