La cérémonie du Couronnement, raison d'être de la Fête de Vignerons, se déroule sous la forme d'un spectacle qui démarre à 7 h ce jeudi dans les arènes de Vevey. Après avoir été simplement englobée dans la première représentation en 1977, cette partie de la fête la plus ancrée dans la tradition viticole récupère une place de choix au sein des célébrations, comme l'a voulu François Rochaix, le metteur en scène de la Fête. Dès l'aube, dans toutes les communes de l'aire de visite de la Confrérie, soit entre Pully et Bex, des fanfares et des hélicoptères de l'armée suisse se chargent d'éveiller les acteurs-figurants et vignerons invités à participer au Couronnement. Ce spectacle, qui n'est joué qu'une fois, réunit les quelque 85 vignerons-tâcherons récompensés qui ont choisi d'être présents, la Confrérie des Vignerons au grand complet, quelque 4000 acteurs-figurants, et dans les tribunes, les spectateurs.

Cependant, même si la Fête des Vignerons veut célébrer le vin vaudois au sens le plus large, seuls 225 hectares sur les 1600 que compte le vignoble entre Pully et Bex sont en fait soumis aux contrôles de la Confrérie. Les 112 vignerons récompensés ne sont de loin pas représentatifs de tout le travail qui s'effectue dans les vignes de Pully à Bex. Seules sont inspectées par les six experts de la Confrérie les vignes des propriétaires qui en ont fait la demande et qui paient pour cela 45 centimes par mètre carré. «Il s'agit souvent de gens qui, n'ayant pas le temps de s'occuper de leur vigne, doivent la confier à un ou des métayers qu'on appelle «vignerons-tâcherons» et souhaitent par conséquent s'assurer de la qualité des soins qui lui sont prodigués», explique Jean-Louis Gonseth, expert de la Confrérie depuis dix-sept ans et vigneron à Aigle. Les propriétaires en question sont en majorité des communes ou des entreprises viti-vinicoles, comme Obrist à Vevey et Henri Badoux à Aigle, deux maisons qui soumettent la totalité de leurs vignes aux visites, ou très rarement des hoiries et privés. Chaque parcelle soumise aux contrôles est signalée par un piquet de mélèze peint en blanc et portant une plaquette d'immatriculation. La Confrérie émet aussi ses propres cartes au 1: 5000 signalant en couleur les propriétaires des vignes à contrôler.

Les visites ont lieu trois fois par an: en avril-mai, après la taille, en été, après la floraison, et avant les vendanges. Les experts se relaient chaque année auprès des cinq régions, et ne sont pas amenés à juger dans leur propre région. Ils attribuent des points en fonction de critères très précis fixés dans un petit carnet, dont le dernier date de 1983. Daniel Willy, secrétaire de la Commission des vignes de la Confrérie, précise: «Les techniques d'entretien de la vigne évoluant rapidement, nous appliquons les règles avec souplesse. Il nous importe surtout de constater une logique dans les interventions». A partir des notes apportées par les experts, et en fonction du nombre d'hectares entretenus par les vignerons ainsi que des difficultés des vignes, la Confrérie désigne les tâcherons qui participent au concours. En dehors des Fêtes des Vignerons, les concours ont lieu tous les trois ans, et les médailles sont remises lors d'un banquet privé, la «Triennale». Le Couronnement de la Fête de 1999 tient compte des résultats des années 1995 à 1998.

«C'est plutôt un jeu»

Parmi les 112 vignerons dont les parcelles dépassent 4500 hectares (condition pour participer au concours), les couronnes sont prisées, sans pour autant susciter un climat de rivalité, comme le raconte Pierre Fontannaz, vigneron-tâcheron à Cully: «C'est plutôt un jeu. Car nous sommes très unis pour la survie de notre profession. Autrefois, ce contrôle s'est avéré nécessaire. Maintenant, il est un peu désuet, et il faut simplement qu'il perdure pour continuer à justifier la Fête des Vignerons, événement génial.» Pierre Fontannaz souligne que les propriétaires se fient souvent aux résultats promulgués pour estimer la valeur du travail de leurs employés.

A part Arlevin, héros de la Fête, il n'y aura pas un roi, mais cinq vignerons couronnés, 19 distingués et 73 primés. Les lauréats recevront une médaille pendant la cérémonie, un diplôme et une somme d'argent (jusqu'à 4500 francs par personne) par la poste. Ces récompenses aux bons travailleurs n'ont-elles pas un petit côté patriarcal? Philippe Emery, président de la Commission des vignes, répond après une petite hésitation: «Mais c'est la même chose que les primes de fin d'année dans les entreprises ou les salaires des vendeurs d'automobiles!»