Moritz Leuenberger a lancé un avertissement clair à son parti lors de l'assemblée de samedi: «Nous ne pouvons pas maintenir des offices de poste qui sont à peine fréquentés, ni des offres dont plus personne ne profite et, en même temps, nous opposer à des taxes postales dont La Poste a besoin», a-t-il déclaré aux camarades socialistes. Le message a été entendu. Mardi, le Parti socialiste a certes souligné que «les hausses de prix ne sont pas les bienvenues», mais il a quand même applaudi la décision de son conseiller fédéral d'accepter l'augmentation des tarifs du courrier A de 90 centimes à 1 franc et du courrier B de 70 à 85 centimes dès le 1er janvier 2004, ainsi qu'un additif de 5 centimes sur les envois en nombre en courrier B (qui coûteront 53 centimes) «Un service public de premier choix est à ce prix», argumente le PS, qui attend en contrepartie que La Poste améliore ses prestations.

Le ton est nettement plus mesuré auprès de La Poste elle-même, qui n'a obtenu que les deux tiers de ce qu'elle souhaitait. Elle se réjouit certes du feu vert donné par son département de tutelle, qui lui permet d'espérer encaisser 140 millions de recettes supplémentaires. Mais elle aurait voulu plus. La Poste aurait aussi voulu renchérir les midilettres (jusqu'à 250 grammes), les grandes lettres (jusqu'à 500 grammes) et le courrier recommandé. Moritz Leuenberger a refusé, car il estime que cette mesure n'est pas appropriée dans le contexte économique actuel. Le surveillant des prix a émis un avis similaire.

La Poste regrette. «Cela représente un manque à gagner de 60 millions. Les hausses de prix demandées reposaient sur les déficits de l'unité PostMail. Nous souhaitions maintenir cette unité dans les chiffres noirs pour plusieurs années. Avec cette décision, nous n'y parviendrons pas. PostMail sera dans les chiffres rouges dès 2004 et l'entreprise étudiera des mesures pour compenser ces 60 millions. Nous ne pouvons exclure d'examiner les coûts salariaux, les prestations et d'éventuelles hausses de prix dans les services non réservés», réagit son porte-parole, François Tissot-Daguette.

Les réactions sont encore plus négatives dans les milieux économiques. Pour leur association faîtière, la hausse de tarifs est nuisible à l'économie, qui devra payer plus cher. «Ce n'est pas la bonne voie à suivre, car cela pénalise l'industrie. La Poste doit plutôt se restructurer et s'organiser selon des critères économiques pour réduire ses coûts», commente René Buholzer, en charge du dossier à economiesuisse. Il considère par ailleurs que «le renchérissement du courrier se traduira par une diminution du volume transporté». Celui-ci est d'ailleurs déjà en régression. Le développement du courrier électronique (e-mail, SMS) concurrence toujours davantage les lettres affranchies. C'est précisément l'une des raisons invoquées par La Poste pour justifier la hausse des tarifs. Mais celle-ci ne risque-t-elle pas d'accentuer encore la diminution du courrier postal? «Nous sommes conscients de ce risque. C'est la raison pour laquelle La Poste s'est contentée de demander les hausses de prix qui lui paraissaient indispensables, car elle a besoin de ces rentrées supplémentaires pour financer le service public et le réseau des offices postaux», répond François Tissot-Daguette, qui rappelle que la dernière adaptation du prix des lettres remonte à 1996.

Après ces décisions, les midilettres et les grandes lettres resteront les moins chères d'Europe. Quant au courrier A et B dont les tarifs progresseront de, respectivement, 10 et 15 centimes, ils resteront compétitifs en comparaison internationale. En valeur nominale, l'Italie, la Grande-Bretagne et la France pratiquent des prix plus bas, en tout cas pour les lettres de moins de 20 grammes. En prix corrigés en fonction du pouvoir d'achat de chaque pays, les tarifs helvétiques sont les moins coûteux pour les lettres entre 50 et 100 grammes et se situent dans la moyenne pour celles qui pèsent moins de 20 grammes.

Moritz Leuenberger a par ailleurs accepté que La Poste augmente les tarifs préférentiels pour le transport des journaux en abonnement. Cette mesure compense la réduction des indemnités décidée par le parlement (20 millions), mais ne touche pas la presse régionale et locale.